— « A la ville », dis-je, « il y a de savants thérapeutes ».
— « Hélas ! ce mal suce les forces que m’avait laissées la vieillesse. Il ne me restera plus bientôt nul plaisir que de jouer sur cette flûte, rapportée de la ville par un chevrier compatissant. — Même, il m’a appris des airs. Veux-tu les entendre ? »
— « Certes ! » acquiesçai-je.
Le bonhomme déchevêtra de sa poitrine, où elle pendait à un bout de faveur bleue, crasseuse et tortillée, une flûte à treize sous, qu’il emboucha, avec une modestie assurée.
Abomination ! le « Viens, Poupoule » trémula son hideux refrain, suivi du « Cake-Walk », et il me fallut subir tout le « Tararaboum » avant de pouvoir stopper la sinistre performance que le pauvre Dieu déchu sifflait avec frénésie dans son tuyau de fer-blanc crevé.
— « Bien, bien ! repose-toi ! » m’écriai-je enfin.
Le malheureux suffoquait, les lèvres ardoisées d’inanition.
— « Tu as soif. Allons, bois ! » Et je lui tendis une confortable gourde, pleine de mixture dynamogène : rhum, caféine et kola.
Il lampa goulûment une dose redoutable. Ses paupières battirent, ses yeux miroitèrent : et, les narines gonflées, dans un gros sourire bestial et niais, il interrogea :
— « C’est le Nectar ? »