— « Presque », dis-je. « Es-tu mieux ? »

Sans répondre, il ramassa son gourdin. Et, l’échine cambrée, les jarrets fermes, tapant ses sabots sur la roche qui sonnait creux, il s’avança jusqu’à une pointe de la terrasse en surplomb sur le vertigineux dévalement des arbres.

Là, poitrinant dans l’azur, silhouette souveraine dont le contre-jour frisait en peluche d’or la pilosité rousse, d’un moulinet vigoureux et accéléré, il projeta le bâton de sa vieillesse, désormais inutile, au hasard de l’abîme.

— « Hé-âh ! » guttura-t-il, sauvage, les poings brandis, étiré vers la lumière. « Hé-âh ! » — Et son thorax se gonflait, craquant comme du cuir neuf. — « Hé-âh ! »

Il se tourna vers moi, le visage tumultueux, les lèvres luisantes, couleur de myrtilles écrasées.

— « Ami, oui, tu es un Dieu ! Donne-moi encore le Nectar ! »

Il empoigna le flacon, déglutit une large gorgée : puis, arrachant de son cou la flûte de fer-blanc, il l’envoya voltiger, faveur bleue et tout, par-dessus son épaule.

— « Je me rappelle. Je ferai une syrinx. Tu verras. Comment donc avais-je oublié ? »

Il parlait grec, maintenant, d’une voix grave et chantante, un peu rauque.

— « Marchons ! » Et, par un chemin s’amorçant au bout de la terrasse, il m’entraîna, rapide, impératif, irrésistible.