Je galopais sur le long détour de la route, haletant, angoissé du drame qui se perpétrait derrière le monticule, d’où jaillirent bientôt les triomphales onomatopées d’un hymne incohérent.

Cinq minutes plus tard, au lieu d’une catastrophe, je surpris, ébahi, une scène bucolique : sur les genoux du capripède, le petit chevrier, tout rouge encore d’avoir couru, câlin et jacassant, jouait avec sa barbiche, tirait, à son cou de bouc, les deux petits appendices mous et duveteux ; et le dieu, chatouillé, pâmait d’un rire éclatant, dans la pose du satyre ivre de Pompéi… Mais l’enfant, effarouché à ma vue, déguerpit soudain.

Irrité de ma sotte inquiétude, j’interpellai le vieil aigipan.

— « Me diras-tu, au moins… »

— « Sur la syrinx ! » s’écria-t-il. « Sur la Syrinx ! Viens ! »

Et, dix pas plus loin, d’un coup, il déracina une botte de roseaux, dont il choisit les meilleurs. Je lui passai mon canif, et, tout en marchant, il taillait ses tuyaux, dont il éprouvait à mesure la sonorité.

Puis, il me fixa, ironique, et me ricana au nez, effrontément :

— « Tu sais, il n’a pas eu peur de moi. Il m’a reconnu. Tu verras, dieu-du-nectar : je te dirai. — Sur la syrinx.

Eâh ! je suis toujours un Dieu !

De Drépane à Syracuse, la Trinacrie était à nous. Les gens des campagnes nous portaient des offrandes, et nous invoquaient dans leurs chansons.