Au versant des allées, dans l’ombre ronde des pins-parasols, je m’asseyais auprès des jeunes pâtres. Je leur enseignais des airs nouveaux, sur la flûte ; et je me penchais, frôlant leurs cheveux qui sentaient bon le foin frais, pour voir leurs lèvres rouges glisser au tranchant des chalumeaux, où elles se coupaient, parfois, et saignaient — de petites gouttes salées.

Dans les grands midis torrides de canicule, où les paysages fluidement tremblotent, embusqué au bord des routes, j’attendais les filles qui reviennent de porter à boire aux moissonneurs ; — et sous le silence ardent de la sieste, je faisais gicler le cri pointu des virginités transfixées.

Je guettais, dans le jour vert des forêts, l’heure où les mignonnes hamadryades passent leurs têtes hors des arbres ; précautionneuses écartent leur gaîne vivante d’écorce, et sautent à terre, souples nudités vertes. — Celles-là aussi étaient à moi.

Et les nymphes, blanches et froides comme la chair des nénuphars, qui se renversent en silence, les yeux fermés, sur l’herbe humide, avec un roucoulement doux, pareil au murmure glougloussant de l’eau voisine… et puis, seul, je me penchais sur la source, pour tirer la langue à mon reflet, grimaçant encore de leur plongeon.

J’allais, sur la lisière des forêts, m’asseoir devant la mer, au coucher du soleil, et peigner de mes doigts les longs poils de mes cuisses, où, la nuit venue, pétillaient des étincelles — jusqu’à l’heure lunaire des sirènes.

Les sirènes, elles sont toutes bleues. — Sais-tu ? C’est emmaillotées d’un fourreau en nacre squammeuse qu’elles batifolent avec les gros tritons à queues de langouste. Pauvres tritons ! — Mais c’est nues, en leur vrai corps d’azur, qu’elles s’aiment deux à deux, les sirènes, dans les grottes illunées. Eâh ! j’ai violé deux sirènes, toutes nues, devant la mer phosphorescente, une nuit d’équinoxe.

Je te dirai, sur la syrinx…

— As-tu de la cire ? » s’avisa-t-il tout à coup.

— « Nous achèterons de la colle-forte à la ville, en allant voir le médecin. »

Une terreur subite l’immobilisa.