Fébrile, ajustant sa syrinx, il préluda. Mais, faute de cire, les tuyaux fuyaient.
— « Soit, dieu-du-nectar, descendons à la ville ! »
Nous repartîmes. Il allait, le cou raidi, la tête dressée, en une sérénité sombre, sous la formidable poigne des Destins imminents. Sa parole volubile embrouillait des récits fragmentaires, fulgurant parfois de visions farouches et grotesques.
— « J’étais jeune et agile ! Avec les centaures, je faisais des courses à travers les forêts — les crottes des centaures, mêlées aux cailloux, rebondissaient, comme des balles de fronde, sur le tronc des yeuses et des caroubiers : — les centaures, sans s’arrêter, dardaient leurs flèches à l’œil rouge du soleil qui crevait, polyphémique, entre les paupières des nuages horizontaux — et le galop de nos randonnées dionysiaques parcourait la Trinacrie, d’une mer à l’autre.
J’étais jeune, et beau ! Les faunes et les silènes… »
Il s’exalta, en des histoires où la liberté antique se doublait de celle d’un satyre : et, à le voir, les yeux fous, danser avec des hennissements hystériques, je commençai à redouter l’approche des faubourgs, dont apparaissaient les premières maisons.
Évidemment, le demi-litre de caféine, rhum et kola, ingéré par le dieu, outrait sa jouvence intégrale, et il fallait, avant tout, le munir, chez un pharmacien, de quelque antidote.
Sur la rédhibitoire indécence de mon compagnon, je boutonnai mon propre pardessus.
— « Pour entrer en ville », soufflai-je. Et je complétai d’un cap de poche cet accoutrement plausible d’étranger.
Nous passâmes à l’octroi. Les gabelous sourirent bénévolement du « forestiere », qu’ils estimèrent un Anglais excentrique.