Je le poussai dans une rue déserte, et l’entraînai, rapidement.

Mais, tout à coup, une petite fille, en jupe et corset rouges, s’avança d’une encoignure, un bouquet de roses à la main.

— « Un soldo, signori, un soldo. »

Ce fut la catastrophe.

Mon satyre stoppa net, en arrêt devant la petite qui lui souriait. Puis, subit, avec un « Eâh ! » de joie frénétique, il s’élança, happant à pleines dents le bouquet, à pleins bras la gosse épouvantée.

Je me précipitai. Il me mordit, crachant les roses, se débattant ; et, ivre, furieux, épileptique, s’échappa, emportant la fillette qui hurlait aigrement.

Tandis qu’horrifié, je laissais l’invraisemblable viol se consommer dans cette fuite, dionysiaque quand même, du dieu lâché : d’une rue latérale deux carabiniers débusquèrent, dont l’habile croc-en-jambe abattit le capripède.

Alors, ce ne fut pas long. Les deux vengeurs de la morale outragée dégagèrent la petite, pleurnichante, et mirent les menottes à son odieux ravisseur. Lui, navré, décrépit, vidé, retombé des siècles divins — passé à tabac ! — me regarda, stupide et sans reproche, regarda, épars sur la chaussée, les tuyaux de sa syrinx à jamais imparfaite ; — et, silhouette ridicule : pardessus flasque et cap dansant sur ses cornes, mon pauvre bougre de satyre disparut, tandis que je me répétais la phrase inepte, mais cette fois intégrale, qui l’épitapherait, le lendemain, dans les gazettes de la ville : « enfin, l’immonde satyre fut conduit au poste. »

PYGMALION

I