Une seconde, il resta béant.
Mais oui, n’est-ce pas ? ces seins respirent ! le reflet d’un rêve s’émeut sur son visage !
Il jeta les mains sur elle, impétueusement.
Son cœur bat ! son cœur ! O joie ! joie surhumaine ! ses cils noirs palpitent… Galatée ! Galatée ! — Et pour l’éveiller, il secouait son torse, passionnément. — Ses yeux s’ouvrent ! ses yeux mordorés, ses yeux inouïs, profonds comme l’Érèbe, se fixent sur lui… ses dents sourient entre les lèvres disjointes… Ouraniens immortels ! Aphrodite auxiliatrice ! la terre peut l’engloutir, à présent, les sept sphères de cristal le fracasser sous leur chute : il mourra dans son désir réalisé !
Frénétique, il saisit entre ses paumes la tête aux cheveux d’or : il colle sa bouche à ces lèvres surnaturelles qui se mêlent, humides et brûlantes, aux siennes, où il aspire, croit-il, et l’extase et la mort foudroyante qui va l’anéantir, Prométhée sacrilège !…
Mais non : il ne meurt pas. Ivresse ! Et il blasphème les Olympiens, il les défie de goûter jamais un bonheur pareil. Les bras de Galatée, ses bras de chair vivante, le frôlant, s’unissent autour de son cou ; et — volupté suraiguë — il sent le camée d’un bracelet s’incruster dans sa nuque… C’est donc vrai ! Il ne rêve pas ! Elle vit, cette chair inouïe qu’il a créée, qu’il éprouve de ses muscles et de ses baisers ! elle vit, cette aisselle nue où il aspire toutes les violettes, tous les lis, et toute l’ambroisie des dieux !
Puis, leurs regards s’affrontent.
Il murmure :
— « C’est toi ! Toi, ma Galatée, mon Désir ! mon âme ! »
Elle sourit. Sa voix suave hésite, comme mal incarnée encore, sa voix tombée des cieux !