— « O Toi ! C’est Nous ! Vois-tu ? Je t’attendais depuis l’Éternité ! »
Et la vierge pâmée s’abandonne : il la soulève, l’emporte vers l’amas profond de fourrures. Ses cheveux s’épandent, enveloppant leurs têtes comme un voile tissu de lumineux parfums. Eux deux existent seuls, dans l’immense Univers ! Plus de terre, plus de ciel, rien qu’eux deux — et ces seins durs, ces seins brûlants et aigus incrustés dans ses pectoraux frémissants.
IV
La ville d’Amathonte avait célébré leurs noces.
Le grand-pontife d’Aphrodite, avec le collège des prêtres, et suivi du peuple entier, était venu quérir les Amants sacrés en qui se manifestait la puissance miraculeuse des Immortels. Et tout un jour, sous le soleil du tiède hiver cypriote, le cortège parcourut la cité.
Tout un jour, les flûtes, les tambourins, les cymbales et les lyres rythmèrent les hymnes d’hyménée et les acclamations de cent mille poitrines. Tout un jour, les prêtres vêtus d’hyacinthe et d’aurore ; et les courtisanes nues sous leurs gazes et leurs bijoux d’or ; et les blanches théories de vierges effeuillant des roses ; et les éphèbes en tuniques claires, couronnés de violettes, agitant, parmi l’air bleu, l’allégresse des palmes sur l’ouragan clamorant des enthousiasmes et des bénédictions ; toute la gloire ivre et pavoisée des conquérants et des dieux escorta le char triomphal de Pygmalion et Galatée.
Cette apothéose, au dire du pontife, n’était qu’un prélude. Le lendemain, cette semaine entière, la suivante, ne seraient semblablement que fêtes : les gens d’Arsinoé, de Paphos, et des autres bourgs, ne manqueraient pas de venir à nouveau célébrer la gloire d’Aphrodite.
Galatée, grisée encore par les acclamations de ce peuple dont elle se sentit plus que la souveraine, accueillit cette nouvelle avec ravissement. Et le soir, dans leur maison de la colline, qu’environnèrent jusqu’à la deuxième veille des chœurs d’adolescents, elle s’étonna fort que son cher époux ne partageât point sa joie.
Cet homme extraordinaire, persuadé qu’Aphrodite avait pour lui seul animé son œuvre, s’irritait de ne pouvoir goûter le calme et la paix amoureuse dont jouissent les plus humbles épousés. Il se jura de ne subir point davantage cette vie tumultuaire.
Avant l’aube, ayant ramassé pierreries et or en une bourse de cuir, il éveilla Galatée ; — et son air de résolution était tel qu’elle le suivit sans murmurer, à pied, jusqu’au port de Cition, où une nef sidonienne les prit à bord, faisant voile pour l’île de Trinacrie.