Les brutes éclatèrent de rire. Mon cœur ne battait plus, une horrible torpeur de cauchemar m’envahissait : — J’allais pâlir ! Et, refoulant, pour savoir encore, d’abominables imaginations, avec des gestes méthodiques, mes doigts glacés ouvrirent la palette, et, somnambuliquement, y vidèrent le tube à vermillon.

— Silence, chuchotait, rageur, le capitaine. Tenez-vous tranquilles, idiots ! Je veux dire : en débarquant à terre. Elle jasera.

— Hé bien quoi ! On la débarquera avant d’arriver à terre, riposta le bonnet phrygien.

— C’est vous autres qui jaserez, alors, gronda Bartolomeo.

— Le premier qui ose… menaça le nègre, en crispant les poings.

Il y eut un silence. Je contemplais ma flaque de vermillon. Devais-je bondir, chercher mon revolver, et tirer dans le tas ? Mais je n’avais que cinq coups pour eux sept. Et puis, j’étais hypnotisé sur l’idée de paraître calme, indifférent…

J’y réussis. — Dieu ! quel effort ! — J’osai les regarder de nouveau, affronter leur examen sournois, tandis que le désespoir de la catastrophe m’emplissait le crâne.

— Quand, alors, hein ? gronda le nègre.

— Quand il aura fini le portrait. C’est bien le moins. Et puis, à nous la poule, jusqu’à Samos.

Et le guitariste pinça un allègre « Viens, Poupoule » repris en chœur sur d’obscènes paroles de matelots.