Apollinia se serrait contre Caïus, des cercles de feu plein les yeux, — espoirs tourbillonnants, félicités démesurées, — saisissant par bribes le sens du poème admirable qu’improvisait son ami… il était question de caverne, de prisonniers, d’ombres, de lumière, d’androgyne, du divin Platon…
Soudain, le geôlier réapparut, suivi de gardes ; la grille s’ouvrit ; et les Chrétiens, délivrés de leurs chaînes, ivres de chants triomphants, processionnèrent jusqu’à une baie, qu’un pont-levis isolait de l’arène.
Là, un appariteur toucha de sa baguette Caïus et Apollinia : le pont-levis s’abaissa, et, tandis que leurs frères les acclamaient avec envie, sous la dernière bénédiction du prêtre, seuls, parmi la fanfare étourdissante des tubas, ils entrèrent dans la lumière.
Éblouis, transis d’une joie indicible, la fauve ardeur les baignait : — un ovale de soleil projeté sur l’arène, tandis que les voilures, ingénieusement obliquées, du vélum bleu, ombrageaient d’azur, alentour, la fourmilière bariolée. Cuve géante, corbeille animée de fleurs polychromes, ils l’entrevirent à peine, et nullement César, droit devant eux, les examinant, Hercule de gala, par son monocle de rubis.
Le soleil, après la sonnerie des cuivres, les foudroyait. C’étaient des spasmes de Visitation, la vertigineuse volupté d’une chrysalide qui se dégaine. Elle s’éployait, l’âme inouïe naissant en eux ; ils ressuscitaient, — crevant, par cette métamorphose, les langes de l’ancien recroquevillement chrétien, — à la vie triomphale et sublime.
Qu’importait, alentour, ce mur unanime d’hostilité ? Ils connaissaient, ici, la Lumière originelle. Une jeunesse triomphale bandait leurs souples échines. Leurs seize ans glorieux oubliaient les ténèbres larvaires où ils avaient langui des années, des siècles ; ils s’éveillaient d’un cauchemar, à la jeunesse immortelle des dieux !
— Chrétiens ! mugissait la cuve.
Chrétiens ? Ils ne savaient plus… Abjurer ?… Les syllabes sonnaient à leurs oreilles, insignifiantes.
Dans le silence qui se fit, au déclenchement d’une trappe ouverte, une voix suraiguë de gamin, au plus haut du cirque, modula : « Oranges ! citrons ! cédrats ! » Les tubas de nouveau éclatèrent ; et, aux yeux éblouis de Caïus ruisselèrent tous les fruits de la terre, dans le flot du soleil, — tandis que, là-bas, une cage ouverte, surgie, déposait sur l’arène le lion.
Il s’étira, clignant des paupières au soleil, puis, face à César, bâilla démesurément.