La foule hurla de joie.
Les amants, inconscients, l’ignoraient. Loin de leurs frères, dans un monde nouveau… Ou bien c’étaient eux qui n’étaient plus les mêmes ?… Chrétiens ? pourquoi ces syllabes obsédantes ? Ils n’étaient pas chrétiens. Ils avaient oublié : cela était tombé de leur vie, comme une branche morte.
Les destins de leur jeunesse les menaient, à présent, et non plus les lois d’une religion triste, ce mauvais rêve d’autrefois. Ils se prirent la taille, amoureux adolescents, et gagnèrent le monticule champêtre, — un banc de gazon, un buisson de genêts et de roses, — demeuré des jeux précédents. Leur sérénité, leur ignorance du danger, au lieu des exorbitantes bravades attendues, fit onduler autour de la Cuve fleurie, un frisson sympathique.
— Ils n’ont pas vu le lion. — Il les verra bien, lui. — Mais non, ils se cachent. — Ils s’aiment. — Elle est belle. — Et lui digne d’elle. — C’est Apollinia, la courtisane, vous savez ? — Et lui… — N’est-il donc pas citoyen romain ? — Si fait, mais… — Retenez le lion ! Qu’ils s’aiment, d’abord ! — Des chrétiens, ils n’ont pas le droit ! — Le beau couple ! Quel sourire jeune ! — Daphnis et Chloé…
Les amants s’étaient assis sur le banc de gazon. Ils goûtaient la vierge volupté d’être libres. Une cagoule de plomb venait d’abandonner leurs âmes ailées. Nul sot préjugé ne retenait plus leurs bras ; l’Amour les possédait, et le soleil. D’un geste idyllique, ils s’enlacèrent.
Un strepitus énorme roula plein la Cuve, et le groupe des chrétiens, scandalisé, conspua.
Tout à coup, dans le ruissellement de la lumière, Caïus leva la tête. Une enthousiaste inspiration lui fit réciter, d’une voix éclatante, les vers de Lucrèce :
Alma Venus, cœli subter labentia signa
Que mare navigerum, quæ terras frugiferentes
Concelebras…