Après Mantoue, nous eûmes le Pô à traverser; il n'y avait aucun pont, ni même de bac à traille, mais un simple bac amarré à une très longue corde, supportée de distance en distance par de petits batelets.

Le fleuve étant très sinueux, la corde était attachée sur une des rives, en un point qui formait le centre d'un très grand cercle, dont le bateau décrivait une partie de la circonférence, en passant d'une rive à l'autre.

Tout cela était si mal organisé, qu'en s'embarquant, un de nos chevaux tomba dans l'eau; ce n'est pas sans peine qu'on put l'en retirer sain et sauf.

Nous avons traversé rapidement Modène et Bologne; nous y avons séjourné à peine le temps nécessaire pour que je pus y prendre quelques croquis.

Mon frère savait naturellement très bien l'allemand; quant à moi, j'étais censé savoir l'italien, que j'avais appris en quarante leçons pendant mon année de philosophie, d'un professeur qui donnait en même temps des leçons à ma mère, il signor Cardelli, qui avait la désinvolture d'un évêque habillé en bourgeois (on m'a dit depuis, que si ce n'était pas un évêque, c'était au moins un abbé défroqué). Je constatai avec peine que mes quarante leçons, qui me permettaient de lire à peu près l'italien (Dante excepté), étaient bien loin de me mettre en état de bien parler, et surtout de bien comprendre la langue parlée. Deux mois en Italie auraient mieux fait que mes quarante leçons.

Nous arrivâmes sans encombre à Florence; nous descendîmes à l'hôtel de l'Europe, chez Mme Humbert (elle vivait encore, en 1880, quand j'ai passé à Florence, en allant à Rome avec mon fils, mais elle avait quitté l'hôtel de l'Europe).

Je ne devais y passer que quelques jours. Je n'entreprendrai pas de faire la description des beautés de Florence, si remarquable par ses palais, son site, ses riches collections de tableaux et de statues, ses églises et ses jardins.

Il y avait alors dans le palais degli Ufficii une petite salle appelée la Tribuna, dans laquelle se trouvaient les statues antiques: la Vénus de Médicis, l'Apolline, le Faune dansant, les Lutteurs et l'Émouleur. Dans une grande et belle salle, nous vîmes les dix-sept statues du groupe de Niobé.

Je pus rester six jours à Florence, pendant lesquels je ne perdis pas mon temps. Il me faudrait plusieurs pages pour nommer seulement les richesses artistiques des palais degli Ufficii, Vecchio et Pitti; c'est dans ce dernier que se trouve la célèbre Vierge à la Chaise de Raphaël, si souvent reproduite.

Je ne puis quitter Florence sans citer ses églises: le Dôme avec son campanile, le Baptistère, dont les portes de bronze ont servi de type pour celles de la Magdeleine à Paris, la chapelle San-Lorenzo, enrichie par les Médicis, où l'on admire la fameuse statue dite du Penseroso (le penseur), et les magnifiques tables en mosaïque du palais Pitti.