Il faisait encore très froid, et nous avions de la peine à nous chauffer; il y avait bien quelques cheminées, mais quelle différence avec les poêles allemands! Il est vrai que dans ces cheminées toutes petites et imparfaites on avait du feu tout de suite, avec quelques fagots et des bûches que l'on était obligé de placer verticalement comme des fusils dans un faisceau, tandis que dans les auberges d'Allemagne où nous arrivions pour souper et nous coucher, nous avions très chaud, mais seulement le lendemain matin, au moment de notre départ: cela pouvait être très commode pour les voyageurs arrivant après nous.

Malgré tout le plaisir que j'aurais eu de rester plus longtemps, il fallait penser à revenir; j'avais deux mois de congé, il me restait juste le temps pour le retour. Le chemin le moins long demandait au moins huit jours par Livourne, Gênes, Marseille, Nîmes et Mende. Il fallait changer souvent de moyen de transport.

Lorsque je la quittai, ma mère était déjà beaucoup mieux; elle devait rester à Florence jusqu'à son rétablissement complet. Cette nouvelle séparation était dure pour moi; mais que faire? Sinon mon devoir, sur lequel je n'avais pas la moindre incertitude.

Après avoir fait mes adieux à ma mère et à mon frère, que je ne devais pas revoir d'une année, je pris une place dans la voiture publique de Florence à Livourne.

Après avoir entrevu Pise, je pris à Livourne le bateau à vapeur qui faisait le service de Naples à Marseille, en s'arrêtant dans les villes principales du littoral.

Nous étions dans les premiers jours d'avril; c'était le moment du retour des Anglais qui ont passé l'hiver en Italie, le bateau était surchargé de voyageurs, je ne trouvai pas de cabine disponible, on me donna pour lit un canapé du salon avec un matelas. Nous avions deux nuits à passer en mer. Si aujourd'hui j'aime assez mes aises en voyage, je peux dire qu'à cette époque la chose m'était à peu près indifférente.

Nous partîmes de Livourne le soir, entre quatre et cinq heures, on se mit à table presque immédiatement; nous étions cent vingt voyageurs aux premières, ou à peu près; il y avait beaucoup de dames anglaises; c'était un coup d'œil très beau et très animé.

Quand la nuit fut venue et le couvert enlevé, je procédai à mon campement. Il faisait si chaud, qu'il me fut impossible de dormir, j'eus alors l'idée de transporter mon matelas sur le pont; la nuit était magnifique; deux ou trois de mes compagnons firent de même. Là en plein air, enveloppés dans nos couvertures, nous étions beaucoup mieux qu'en bas.

Au milieu de la nuit, quand j'avais déjà fait un somme, je fus réveillé tout à coup par un grand bruit et beaucoup de mouvement sur le pont: on courait, on criait en italien et en anglais!

Dans l'obscurité où nous étions, j'eus quelque peine à comprendre ce qui causait tout ce tumulte, augmenté de la terreur des Anglaises qui, sorties précipitamment de leurs cabines, n'ayant pas eu le temps ni le soin de reprendre leurs vêtements de dessus, circulaient dans tous les sens comme des fantômes blancs éperdus, ou comme les nonnes de Palerme dans l'opéra de Robert.