À cette époque, on commençait à attaquer en grand le gisement de plomb argentifère de Pontgibaud. On exploitait alors beaucoup d'espérances, et je crois, en définitive, que là comme ailleurs, on a surtout récolté beaucoup... de déceptions.

Dans mon titre général, j'indique comme anciens modes de transport le cheval et la patache; pour être fidèle à mon programme, je vais citer un petit voyage qui s'applique à la fois à tous deux:

Lorsque j'étais débutant dans la carrière, un article du règlement disait, que chaque ingénieur ordinaire devait avoir un cheval de selle; mais déjà cet article n'était pas rigoureusement observé, car à Lyon, en 1834, les ingénieurs ordinaires avaient bien un cheval, mais c'était le même pour tous les trois; ils ne trouvaient pas, du reste, que ce fût une manière commode de se conformer audit règlement; à Clermont, pour moi, c'était presque une nécessité et de plus un plaisir, j'avais donc mon cheval à moi tout seul.

Dans les salons d'autrefois, j'ai parlé des dames Blot et Baudin, dont la maison des plus hospitalières était ouverte aux ingénieurs. Mme Blot était veuve, elle vivait avec sa sœur, qui avait épousé l'ingénieur des mines; on les désignait plus ordinairement sous le nom des dames (Adèle et Sophie) de Tours, qui était celui de leur famille très bien posée à Clermont.

Ma liaison avec elles n'avait pas été immédiate comme avec les Kermaingant; ce n'est qu'à la longue que notre intimité s'était formée, si bien qu'à la fin de mon séjour j'y passais toutes mes soirées, quand je n'avais pas d'invitation positive ailleurs. Une circonstance particulière avait contribué à me mettre très bien avec elles.

Elles devaient aller à la campagne toutes seules, chez un de leurs parents assez loin de Clermont; il fallait une grande journée de voiture. Il se trouva que le même jour je devais partir à cheval, dans la même direction; je les rencontrai sur la route, au départ, sur le versant du Puy-de-Dôme, où l'on ne pouvait marcher qu'au pas; pour être dans le vrai, j'ai prévenu que c'était mon habitude, je dois dire que cette rencontre n'était pas imprévue.

Pendant quelque temps nous cheminâmes ensemble, elles dans leur voiture et moi sur mon coursier; une conversation suivie n'était pas des plus faciles.

Leur domestique était un ancien cuirassier, qui montait naturellement bien à cheval; au bout de quelques kilomètres, nous échangeâmes nos positions, à la satisfaction générale; d'autant plus que la voiture était une patache, où le conducteur se trouve assis tout à fait à côté des autres voyageurs.

Après avoir déjeuné dans une modeste auberge, à Rochefort, sur l'autre versant des monts Dômes, nous arrivâmes vers quatre heures du soir à Laqueuille, qui était le terme de mon voyage à cheval; j'y avais donné rendez-vous pour le lendemain à une brigade d'opérateurs pour commencer des nivellements dans la vallée de la Sioule.

Ces dames étaient arrivées de même à l'endroit où elles devaient changer de voiture, en quittant la grande route, pour aller par des chemins de traverse, dans la montagne jusqu'à la propriété de leur cousin, à une assez grande distance.