Un nouveau conducteur était venu les attendre, avec une autre patache; c'était alors la seule voiture couverte du pays. Quand tout fut prêt, ces dames montèrent dans leur nouvel équipage, et partirent sous la conduite de leur nouveau guide, avec mes vœux de bon voyage, qui dans la circonstance ne paraissaient pas une politesse banale.

Il ne s'était pas écoulé une demi-heure qu'en me promenant sur la route, j'aperçois de loin, dans la direction qu'elles avaient suivies; une de ces dames qui me faisait avec son mouchoir des signaux de détresse.

Je m'empresse de répondre à son appel; je trouve Mme Sophie toute pâle, haletante, qui m'explique dans les termes les plus vifs, que leur conducteur est un jeune innocent dans lequel elles n'ont pas la moindre confiance; que déjà deux fois, il avait failli les verser, et qu'il leur est tout à fait impossible de continuer ainsi. Bref, elle me demandait avec instance de vouloir bien les accompagner jusqu'à leur destination.

Pour moi, la proposition n'avait rien que de très acceptable au premier abord, car j'étais à un âge où je ne pouvais pas considérer sans un certain plaisir, l'occasion qui s'offrait de passer quelques heures dans l'intimité de deux charmantes jeunes femmes et peut-être de partager leurs danger, si elles devaient en courir.

Toute la question était de savoir comment je pourrais être de retour le lendemain matin, assez tôt pour le rendez-vous donné à ma brigade d'employés, que je ne voulais pas faire attendre; j'avais ma conscience professionnelle!

Ces dames m'assurèrent que l'on pourrait me donner une voiture pour revenir le lendemain matin, de très bonne heure, à Laqueuille; c'était, comme je l'ai dit, le nom du village d'où nous allions partir.

J'eus bientôt donné quelques ordres et me voilà de nouveau installé près de ces dames, mais cette fois à titre de protecteur, je pourrais même dire de sauveur, en voyant la reconnaissance qu'on me témoignait.

Toutes ces allées et toutes ces venues avaient pris du temps, il y avait près d'une heure de perdue. La nuit venait à grands pas, et le cheval était bien loin de marcher avec la même vitesse.

Les chemins devenaient de plus en plus mauvais, et ce qui est plus grave, de plus en plus incertains; le pays m'était tout à fait inconnu; la pluie commençait à tomber; on n'y voyait absolument rien, et nous n'avions point de lanterne. Après quelques indécisions, nous nous abandonnâmes complètement à notre rustique conducteur, et surtout à la grâce de Dieu.

Nous étions tous trois dans la patache, faisant tous nos efforts pour adoucir les effets des cahots par des manœuvres de position de plus en plus ingénieuses, tandis que notre guide tenait le cheval par la bride, se laissant mener par lui, encore plus qu'il ne le conduisait; à chaque instant les roues de notre voiture passaient sur des monticules qui nous exposaient à verser.