La situation était critique; mais elle avait en même temps son côté comique; aussi nous avions pris franchement le parti d'en rire, pour ne pas nous en effrayer.
Après plus d'une heure de cet exercice obscur et champêtre, nous aperçûmes dans le lointain des lumières en mouvement.
On nous attendait, et l'on s'étonnait de ne voir rien venir.
On avait donc envoyé des hommes avec des torches de sapin, production naturelle du pays, à la recherche de la patache et de son contenu.
Enfin nous arrivâmes à 9 heures du soir, sains et saufs, et nous plaisantâmes gaîment de notre aventure, en faisant un bon souper avec M. et Mme de Fontenille.
Je repartis le lendemain matin à la pointe du jour et je pus voir que nous n'avions pas couru de très grands dangers, si ce n'est celui de nous égarer et peut-être de verser sur un vaste plateau couvert de grandes herbes et de beaucoup d'aspérités, mais qui ne présentait pas de précipices dans le voisinage immédiat; car nous étions encore loin de la Dordogne, dont les rives sont très escarpées et couvertes de sapins.
La propriété de M. de Fontenille était à Savenne, sur la ligne de faîte qui sépare le bassin de cette rivière de celui de l'Allier, dont la Sioule est un affluent. Nous n'étions pas loin des bains du Mont-d'Or.
Je retrouvai ma brigade de niveleurs, qui ne m'avaient pas attendu longtemps; je les mis à l'œuvre en leur donnant le programme de leurs opérations.
Pas plus que les hôtes aimables que je venais de quitter, je ne me doutais alors que j'allais planter les premiers jalons du chemin de fer de Bordeaux, qui mettrait vingt ans plus tard leur vieux château de Savenne à quelques heures de Clermont.