Le duc de Fragnito a été très satisfait de la commission du 13 janvier; il m'en aurait compté le montant, mais le change est si défavorable pour lui, qu'il veut attendre quelques semaines encore pour voir s'il ne se bonifiera pas; je lui ai dit qu'il était le maître. Que le change devienne meilleur ou non, il a promis de remettre la somme dans un mois; ce brave seigneur n'est pas bien riche, mais il mérite la plus entière confiance.
18 avril, de Florence.—J'écris à mon père en réponse à sa lettre du 4. Je lui dis que je ne sais rien de plus au sujet des robes de la commission de Loffreda, de Messine; que les robes de véritable gala se font toujours comme autrefois, avec paniers et longues queues; que comme aujourd'hui elles servent très peu, je serais d'avis de n'en faire ainsi qu'une, la plus belle, et de faire les autres suivant les dernières modes.
30 juin 1788, de Mondovi.—Le comte de Vozo est très estimé dans sa patrie et regardé comme un seigneur fort à son aise; on lui donne 20,000 livres de rentes, je crois que c'est gratuitement, mais je crois que 10,000 ne doivent pas lui manquer. Sa manufacture de drap lui prend des fonds, indépendamment de ceux qu'il a mis dans le commerce de Gervasio et Rossi.
Le comte Cordero di San Quiatino, associé de Ballio, est la première maison de Mondovi, et peut-être du Piémont; on la met en balance avec celle des frères Aignon, qu'on dit la plus riche de Turin; elle nous donne toute préférence.
Comme il inscrivait la date de toutes ses lettres et même quelquefois le sommaire, on peut juger de l'étendue de cette correspondance:
| Les lettres à son père et à sa mère sont au nombre de | 75 | |
| À Magneval, son associé et son ami | 27 | |
| À ses sœurs et beaux-frères | 33 | |
| À son grand-père Briasson, à sa tante Jordan-Périer, ses nièces Coste et autres | 15 | |
| —— | ||
| Total | 150 |
Ce qui fait à peu près une lettre tous les deux jours; chaque courrier, partant d'Italie une fois par semaine, emportait donc trois de ses lettres en moyenne.
Comme nous voyageons à petites journées, et que notre temps n'est pas compté, je demande au lecteur, avant de commencer un autre voyage de placer ici quelques souvenirs qui ont un intérêt historique.
Je ne sais rien sur la vie de mon grand-père Jordan jusqu'à son mariage en 1792 avec Catherine Dugas, fille unique de M. Jean-Baptiste Cognet-Dugas, seigneur de Chassagny.
Les deux familles Jordan et Dugas s'étaient réunies pour donner en dot à leurs enfants, Antoine-Henri Jordan et Catherine Dugas, la terre et le château de Sury-le-Comtal dans le département de la Loire, qu'ils avaient achetés ensemble de M. de Laffrasse de Sury, ancien seigneur de Sury, de Saint-Romain-le-Puy et autres lieux avant 1789.