M. de Laffrasse, ci-devant capitaine au régiment de Touraine, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, était alors auditeur de camp; il remplissait à Lyon les fonctions de procureur du Roi devant le Conseil de guerre.

Jean-Baptiste Cognet-Dugas, mon bisaïeul maternel, était né dans la première moitié du siècle dernier, quelques années avant la bataille de Fontenoy (1745), il est mort vers 1816, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Quand je l'ai connu c'était un grand et beau vieillard complètement aveugle, ayant conservé la liberté de ses mouvements et toute son intelligence; car obligé d'avoir un guide et un soutien, il était toujours accompagné non par un domestique ou un infirmier, mais par son secrétaire, Berthet, qui lisait et écrivait ses lettres sous sa dictée. Il marchait s'appuyant sur son bras, et sur une canne à pomme d'ivoire, qui est encore conservée.

La révolution avait passé emportant les souvenirs des temps qui l'avait précédée, personne ne savait dans la famille (du moins personne ne nous en avait jamais parlé), d'une partie intéressante de sa vie; si je la sais, je le dois à une circonstance assez extraordinaire.

Ma mère conduite par les événements à séjourner à Francfort pendant deux années 1837 et 1838, avait étudié l'allemand; pour s'y perfectionner, elle s'était abonnée à une revue hebdomadaire plus ou moins semblable à nos journaux illustrés, qui parlent de tout, et d'autres choses encore.

Quelle fut sa surprise d'y trouver un jour, l'histoire de son grand-père Dugas, qui lui était tout à fait inconnue. Voici ce qu'elle apprit et ce qu'elle m'a raconté:

Jean-Baptiste Dugas ayant eu l'occasion d'aller à Zurich, ou y étant allé dans cette intention, avait étudié sérieusement la fabrication des rubans, et l'avait importée à Saint-Chamond, sa ville natale.

Ce fut vers la fin du règne du Louis XV, qu'il fonda la première fabrique de rubans sous le nom, je crois, de Dugas frères, qui s'est perpétuée dans la famille pendant plus d'un siècle, avec des années d'une prospérité inouïe, quelques inventaires se sont élevés jusqu'à 1,500,000 francs. Elle a fait la fortune de deux générations, de ses neveux et petits-neveux.

Elle a subsisté jusqu'en 1860 environ, son dernier représentant fut Camille, fils de Thomas Dugas, neveu de Dugas-Montbel, qui tous deux y étaient intéressés par l'héritage de leur père, Camille, frère de Jean-Baptiste.

C'est en souvenir de sa fortune faite à Saint-Chamond que Dugas-Montbel, le traducteur d'Homère, a légué sa bibliothèque à sa ville natale.

Dans sa jeunesse, Thomas Dugas avait voyagé pour la maison jusqu'en Russie; c'est de là qu'il avait rapporté les noms d'Osippe et Yvanna qu'il avait donnés à deux de ses enfants.