Avoir contribué à la défense de la ville par une souscription de 1700 livres.
Si l'on n'avait pas trouvé ce motif, on en aurait inventé un autre, son âge ne pouvant pas le faire considérer comme belligérant.
Lorsque mon grand-père traversait gaîment le Rhône en 1787, en partant pour l'Italie, il ne prévoyait pas que son père le traverserait quelques années plus tard pour être massacré aux Brotteaux!
Il ne pouvait pas non plus penser, que lui-même, pour échapper aux persécutions qui suivirent le siège, traverserait le pont Morand avec sa jeune femme, déguisés tous deux en villageois, conduisant un âne, qui dans un de ses paniers portait leur fille aînée, Henriette, alors âgée de quelques mois.
Je ne peux jamais voir un tableau représentant la fuite en Egypte, sans penser à ce premier voyage de ma mère.
Tandis que la jeune Mme Jordan trouvait une cordiale hospitalité à Givors, dans la famille Marcellin, parce qu'elle ne pouvait pas se sauver à Chassagny, chez son père, M. Dugas, alors détenu à Saint-Chamond, Antoine-Henri Jordan fut obligé de chercher auprès de ses correspondants, un refuge ignoré, dans les montagnes du Dauphiné.
Que les temps étaient changés depuis les joyeuses parties de campagne dans son voyage de 1787 et 1788.
Madame Jordan-Briasson, sa mère, veuve de l'échevin, a survécu longtemps à son mari; elle n'est morte qu'en 1813, au premier étage de sa maison, à l'angle de la place Tolozan et de la rue Puits-Gaillot. Elle m'a connu, mais pour dire toute la vérité je ne me la rappelle pas.
C'était une femme remarquable sous tous les rapports au moral et au physique. Par une loi d'atavisme assez générale, ses qualités aimables et sérieuses avaient été transmises, dit-on à la fille de son fils, Henriette Jordan.
Comme ses trois sœurs, elle avait achevé son éducation à Paris (chose rare pour l'époque et même encore aujourd'hui) chez son oncle Briasson, imprimeur distingué, qui faisait partie du consulat, ou Tribunal de commerce parisien.