Les portraits de M. Briasson en costume d'échevin, et de ses quatre filles en costumes allégoriques des quatre saisons, peints par Nonnotte, sont encore conservés dans la famille.
Pendant la Révolution, Mme Jordan-Briasson avait reçu chez elle Monseigneur Daviau du Bois-de-Sansay, évêque de Vienne et d'Embrun, puis archevêque de Bordeaux, qui se cachait sous le nom de M. Fortuné, alors que les églises étaient fermées et les prêtres mis à mort.
Quand l'ordre fut rétabli par Napoléon Ier, Monseigneur Daviau fut replacé sur le siège de Bordeaux. De là, il écrivit plusieurs fois à Mme Jordan-Briasson et faisant allusion à la bonne et généreuse hospitalité qu'il avait reçue, il signait toujours: L'Archevêque de Bordeaux, jadis Fortuné.
Par suite d'un accident survenu dans sa vieillesse, Mme Jordan-Briasson marchait difficilement, s'appuyant sur une canne à trois pieds; elle ne sortait plus que pour aller à la messe à Saint-Pierre, dans une chaise à porteurs; c'est la dernière que l'on a vue circuler dans les rues de Lyon, transportant une personne de qualité, comme disaient nos aïeux.
Elle était propriétaire d'une ferme à la Guillotière, connue sous le nom de la Mouche. Là où se trouvent actuellement la gare des marchandises, le fort de la Vitriolerie et beaucoup d'autres constructions, il n'y avait encore en 1830 que des champs et des prés. Quelques années après, au moment du partage Jordan, cette ferme fut vendue à l'hectare comme terrain de culture; les acquéreurs l'ont revendue au mètre comme terrain à bâtir!
La gare de la Mouche et la rue de la Croix-Jordan rappellent par leurs noms cette ancienne origine.
Il existait au bout de cette rue, à l'embranchement des rues de Gerland et des Culattes, un petit espace triangulaire autrefois accessible à tous, dans une enceinte réservée, qui depuis quelques années a été réuni par des murs à la propriété voisine.
Sur cet emplacement s'élève une croix de pierre qui porte sur son piédestal l'inscription suivante gravée en creux:
«L'an de grâce 1810, le 5 du mois de septembre, Magdeleine Briasson, veuve de Henri Jordan, a rétabli ce monument consacré à la piété des fidèles par ses prédécesseurs.»
Cette croix existe encore, je l'ai vue et touchée aujourd'hui 6 février 1888, mais par suite de l'exhaussement du terrain tout autour, il ne m'a plus été possible de voir l'inscription que j'avais relevée moi-même sur place, il y a trente ans.