Les souvenirs s'oublient si vite, ou si souvent s'altèrent en vieillissant, qu'il m'a paru d'un intérêt historique local de préserver de l'oubli le nom de Jordan, nom éminemment lyonnais, qui déjà sur quelques mauvais plans de Lyon est remplacé par celui de Jourdan.
Sur la pente de la Croix-Rousse, il y a trente ans la rue Camille-Jordan avait été transformée en rue Camille-Jourdan.
J'en fis l'observation au service de la voirie; le lendemain l'erreur du peintre fut réparée sur l'ordre de l'ingénieur en chef Bonnet, fort empressé de conserver nos anciennes traditions, car tout en transformant merveilleusement nos vieux quartiers, il cherchait toujours à maintenir dans chacun d'eux les avantages anciens dont ils jouissaient; système éminemment moral et conservateur que l'on devrait toujours imiter dans l'administration d'une grande ville, pour l'améliorer, sans perturbation dans les intérêts respectables de ses habitants.
Je ne pense pas pouvoir mieux terminer ce chapitre sur mon grand-père qu'en rappelant l'inscription de Loyasse mise par ses enfants sur son tombeau:
Hic jacet in resurrectionem Æternam Antonius Henricus Jordan,
qui firma in deum pietate, caritate
in omnes et præscipuo veri amore insignis,
anno septuagesimo secundo ætatis
suæ die tertio
Januarii MDCCCXXXV obiit.
Innocens manibus et mundo corde
qui non accepit in vano animam suam
nec juravit in dolo proximo suo.
CHAPITRE III
Racontant des épisodes du voyage en Bretagne d'Alphée Aynard, 1788, et du voyage à Paris de Th.-A., 1815.