n suivant l'ordre des dates, le second voyage dont je vais parler est celui de mon père en Bretagne, à la fin du siècle dernier.
Si, comme celui de mon grand-père, Jordan, c'était un voyage d'affaires, ce n'était pas le moins du monde, en même temps, un voyage d'agrément.
À la suite du siège de Lyon, tous ceux qui avaient contribué à la défense étaient recherchés, et le plus souvent mis à mort, sans autre forme de procès.
Joseph Aynard, fabricant de draps, chef de la section de la rue Buisson, avait fait son devoir de bon citoyen; cela suffisait pour le désigner à la vengeance; c'est le seul motif invoqué dans les journaux de l'époque, pour justifier sa condamnation, que j'ai lue, formulée simplement en ces termes:
«Joseph Aynard, chef de la section de la rue Buisson, condamné à mort et exécuté sur la place des Terreaux, le 15 décembre 1793, 60 ans.»
Après sa mort, ses magasins et sa maison de campagne, la Bastero, à Sainte-Foy, avaient été saccagés et pillés. C'est à cette époque que furent volés les plats célèbres de Bernard de Palissy, qu'il avait rapportés de Paris, où ils les avait achetés lors de la vente mobilière du duc de Richelieu en 1788.
Ces objets, qui figurent aujourd'hui avec honneur dans nos musées, ont été rachetés de M. de Migieu, à Dijon, il y a 80 ans, sans que l'on sût alors quelle était leur origine (Rapport de Martin-d'Aussigny, 15 octobre 1859).
D'après les recherches de M. Amédée d'Avaize, le nom de la propriété la Bastero vient de Bernadin Bastero, turinois, naturalisé français en 1657.
Pour échapper aux poursuites dirigées contre les survivants de l'armée du général de Précy, deux des fils Aynard, Aubin et François, se sauvèrent à Paris, où ils furent arrêtés et mis en prison aux Bénédictins anglais, dans la rue Saint-Jacques (alors rue de l'Observatoire).
Ce fait résulte non seulement des récits que j'ai entendus dans ma jeunesse, mais il est constaté par Mme de Béarn, née Pauline de Tourzelle, dans son livre publié en 1833, sous le titre de Souvenirs de 40 ans.