Elle se trouvait dans la même prison avec sa mère, dame d'honneur de Mme la Dauphine. Elle raconte que de jeunes Lyonnais, MM. Aynard, avaient trouvé le moyen d'apporter une distraction à la tristesse des jeunes prisonnières en établissant une escarpolette.
Leur sœur, Mme Adélaïde Soret, avait aussi son mari dans cette prison. Agée de 23 ans seulement, mais avec une énergie égale à sa beauté, elle était partie courageusement toute seule pour Paris et avait fini par les découvrir. Dans ces visites, elle s'était liée avec Mlle de Tourzelle, et leurs relations se sont continuées fort longtemps, car elles avaient commencé dans des circonstances qui ne s'oublient jamais.
Enfin, le 9 thermidor mit fin à leur captivité, et la maison de Joseph Aynard, de Lyon, reprit ses opérations sous la direction de trois de ses fils, Claude, François et Alphée.
Le quatrième, Aubin, d'un caractère ardent et aventureux, s'était embarqué avec le capitaine Surcouf pour faire la guerre aux Anglais. De là il est allé dans l'Amerique du Sud, où il s'est marié; il n'a plus donné de ses nouvelles depuis 1827.
Avant la Terreur, la maison Aynard avait fait des affaires importantes avec la Bretagne, il lui était dû des sommes assez fortes; on était à l'époque des guerres de Vendée; la correspondance et les envois d'argent étaient sinon impossibles, au moins très difficiles.
Il fut décidé qu'Alphée, le plus jeune des trois, ferait le voyage pour retirer ce qu'il pourrait de ces créances.
Mon père avait une grande activité, beaucoup de courage, une bonne santé, il accepta donc avec empressement cette périlleuse mission.
Il a dû faire ce voyage en 1798. Je n'ai jamais su l'époque bien précise; il en parlait souvent, mais jamais il n'en fixait la date; il devait avoir vingt ans à l'époque de son départ.
Ce voyage dura près d'un an et ne fut pas sans danger; car il se faisait dans un pays complètement bouleversé par la guerre; la Bretagne et la Vendée ayant résisté pendant plusieurs années à la tyrannie révolutionnaire.
Il n'y avait aucun autre moyen de transport que la poste, il partit donc dans un cabriolet jaune à deux roues, que l'on appelait encore une chaise.