Ce qui prouve, qu'en politique, il y a soixante et treize ans, on n'était pas beaucoup plus d'accord qu'aujourd'hui dans notre pauvre France.
Depuis, en prenant des années, j'ai vu dans ma vie beaucoup de gens qui, pour avancer, faisaient comme notre postilion de 1815. Mais pour être juste, je dois dire aussi: de notre temps, nous avons vu beaucoup d'honnêtes gens qui, fort disposés à crier vive le roi! ont préféré s'arrêter, que de crier vive la ligue!
Pendant que nous étions en route, de Lyon à Paris, la guerre fut terminée par la bataille de Waterloo, le 18 juin.
Aussi les Autrichiens entrèrent à Lyon sans coup férir. L'occupation dura plus de deux mois, et coûta 3 millions au moins, tant à la ville qu'aux particuliers.
Un général autrichien avait pris ses quartiers à la Croix-Rousse, alors commune distincte de Lyon; le Maire était mon oncle Chevallier, le père du paysagiste de ce nom; il avait épousé la plus jeune des sœurs de mon père, Victoire Aynard.
Afin d'adoucir autant que possible ce que l'occupation étrangère pourrait avoir de trop dur pour les habitants, M. Chevallier se rendit auprès du général pour parlementer. Le général vit tout de suite qu'il avait affaire à un ancien militaire; il lui demanda quelles étaient ses campagnes et dans quelle arme il avait servi.
Le Maire de la Croix-Rousse était un ancien capitaine au 6e régiment de cuirassiers; il cita les différentes batailles où il s'était trouvé et les pays d'Autriche qu'il avait traversés.
Le général lui dit alors qu'il avait peut-être habité son château, dont il lui rappela le nom. Mon oncle, en effet, put lui parler de sa famille et des bons souvenirs qu'il en avait conservés.
Après lui avoir demandé son nom, et pris quelques renseignements, il le fit revenir et lui dit: «Capitaine Chevallier, vous vous êtes très bien conduit chez moi quand vous étiez vainqueur, nous nous conduirons très bien chez vous aujourd'hui que les rôles sont changés. Je vous en donne ma parole de soldat.
«Ayez soin que mes hommes ne manquent pas du nécessaire et les habitants n'auront pas à s'en plaindre.»