Cette collection était citée de 1820 à 1825 comme une des plus belles de Paris. Le Téniers et le Messager, de Terburg, deux perles de notre musée de Lyon, viennent de cette galerie; ont-ils été donnés, ou vendus? je l'ignore; mais s'ils ont été vendus, il y a plus de soixante ans, les prix d'alors, comparés à leur valeur actuelle, ne mettent pas une bien grande différence entre une vente et une donation.
Mon père avait retrouvé à Paris, dans l'intimité de son frère, un ancien camarade de collège, leur ami et celui des Jordan, M. Franchet d'Espéray, qui se trouvait déjà dans une haute position.
Accusé fort injustement, quoiqu'il en fut bien capable, d'avoir fait circuler clandestinement une bulle du pape, M. Franchet avait été mis en prison sous l'Empire. Là, pendant trois ans, il était resté séquestré de sa famille, mais en bonne compagnie; car il s'était lié avec le comte Alexis de Noailles, qui avait pu l'apprécier.
En 1814, M. Alexis de Noailles nommé commissaire extraordinaire à Lyon avait pris M. Franchet pour secrétaire intime; ils allèrent ensemble au congrès de Vienne, ce fut l'origine de sa fortune politique sous la Restauration, qui le conduisit jusqu'à la direction générale de la police du royaume.
Le nom de l'avenue de Noailles aux Brotteaux rappelle cette époque.
Ce n'est pas sans raison qu'en parlant de la fortune de M. Franchet j'ai ajouté le mot politique, car à l'inverse de qui se passe de nos jours, il a quitté le pouvoir sans y amasser des trésors.
On cite de lui un trait qui mérite de n'être pas oublié; au moment, ou par suite d'un changement de ministère, il quitta la direction générale de la police pour le conseil d'Etat, il porta lui-même au Roi le reste de la caisse des fonds secrets, qui dit-on s'élevait à plusieurs millions.
Certainement, bien des gens que je connais, auraient fait de même; mais beaucoup d'autres, que j'aime mieux ne pas connaître, auraient fait autrement.
Peu de jours après notre arrivée à Paris, la ville était en fête pour le retour de Louis XVIII. Je me rappelle très bien avoir vu le Roi recevoir les couronnes de fleurs que le peuple lui lançait du jardin des Tuileries sur un balcon du château entre le pavillon de Flore et le pavillon de l'horloge. Tout le monde était dans la joie; et la paix générale était acclamée avec un enthousiasme indescriptible.
Quinze ans plus tard en 1830, je fis mon second voyage à Paris, peu de jours après la révolution de juillet. Le même peuple de Paris, aussi mobile que les flots de la mer, dont il a le flux et le reflux, après trois jours d'émeute, renvoyait sans savoir pourquoi, les Bourbons qu'il acclamerait certainement aujourd'hui avec la même ardeur qu'en 1815, s'ils revenaient, comme alors, nous apporter l'ordre, la justice et la paix dont l'Europe entière a si grand besoin.