LA TRÉPASSÉE.
L'herbe pousse plus vite au coeur que sur la fosse;
Une pierre, une croix, le terrain qui se hausse,
Disent qu'un mort est là.
Mais quelle croix fait voir une tombe dans l'âme!
Oubli! seconde mort, néant que je réclame,
Arrivez, me voilà!
LE VER.
Console-toi.—La mort donne la vie.—Eclose
A l'ombre d'une croix l'églantine est plus rose
Et le gazon plus vert.
La racine des fleurs plongera sous tes côtes;
A la place où tu dors les herbes seront hautes;
Aux mains de Dieu tout sert!
Un mort qu'ils réveillaient les pria de se taire;
Un pâle éclair parti non du ciel mais de terre
Me fit dans leurs tombeaux
Voir tous les trépassés cadavres ou squelettes,
Avec leurs os jaunis ou leurs chairs violettes,
S'en allant par lambeaux;
Les jeunes et les vieux, peuple du cimetière,
Pauvres morts oubliés n'entendant sur leur pierre
Gémir que l'ouragan,
Et dévorés d'ennui dans leur froide demeure,
De leurs yeux sans regard cherchant à savoir l'heure
A l'éternel cadran.
Puis tout devint obscur, et je repris ma route,
Pâle d'avoir tant vu, plein d'horreur et de doute,
L'esprit et le corps las;
Et me suivant partout, mille cloches fêlées,
Comme des voix de mort me jetaient par volées
Les râlements du glas.
III.
Et je rentrai chez moi.—De lugubres pensées
Tournaient devant mes yeux sur leurs ailes glacées
Et me rasaient le front.
Comme on voit sur le soir autour des cathédrales,
Des essaims de corbeaux dérouler leurs spirales
Et voltiger en rond.
Dans ma chambre, où tremblait une jaune lumière,
Tout prenait une forme horrible et singulière,
Un aspect effrayant.
Mon lit était la bière et ma lampe le cierge,
Mon manteau déployé le drap noir qu'on asperge
Sous la porte en priant.