—Et que m’importent toutes ces femmes, fit impétueusement Vallombreuse en se relevant, si c’est votre fierté que j’adore, si vos rigueurs ont plus de charme à mes yeux que les faveurs des autres, si votre sagesse m’enivre, si votre modestie excite ma passion jusqu’au délire, s’il faut que vous m’aimiez ou que je meure! Ne craignez rien, ajouta-t-il en voyant qu’Isabelle ouvrait la fenêtre comme pour se précipiter s’il se portait à quelque violence, je ne demande autre chose sinon que vous souffriez ma présence, que vous me permettiez de vous faire ma cour et d’attendrir votre cœur, comme font les amants les plus respectueux.
—Épargnez-moi ces poursuites inutiles, répondit Isabelle, et j’aurai pour vous, à défaut d’amour, une reconnaissance sans bornes.
—Vous n’avez ni père, ni mari, ni amant, dit Vallombreuse, qui se puisse opposer à ce qu’un galant homme vous recherche et tâche de vous agréer. Mes hommages ne sont pas une insulte. Pourquoi me repousser? Oh! vous ne savez pas quelle vie splendide j’ouvrirais devant vous si vous consentiez à m’accueillir. Les enchantements des féeries pâliraient à côté des imaginations de mon amour pour vous plaire. Vous marcheriez comme une déesse sur les nuées. Vos pieds ne fouleraient que de l’azur et de la lumière. Toutes les cornes d’abondance répandraient leurs trésors devant vos pas. Vos souhaits n’auraient pas le temps de naître, je les surprendrais dans vos yeux et je les devancerais. Le monde lointain s’effacerait comme un rêve, et d’un même vol, à travers les rayons, nous monterions vers l’Olympe plus beaux, plus heureux, plus enivrés que Psyché et l’Amour. Voyons, Isabelle, ne détournez pas ainsi la tête, ne gardez pas ce silence de mort, ne poussez pas au désespoir une passion qui peut tout, excepté renoncer à elle-même et à vous.
—Cette passion dont toute autre tirerait orgueil, répondit modestement Isabelle, je ne saurais la partager. La vertu que je fais profession d’estimer plus que la vie ne s’y opposerait pas, que je déclinerais encore ce dangereux honneur.
—Regardez-moi d’un œil favorable, continua Vallombreuse, je vous rendrai un objet d’envie pour les plus grandes et les plus haut situées. A une autre femme je dirais: dans mes châteaux, dans mes terres, dans mes hôtels, prenez ce qui vous plaira, saccagez mes cabinets pleins de diamants et de perles, plongez vos bras jusqu’aux épaules au fond de mes coffres, habillez votre livrée d’habits trop riches pour des princes, faites ferrer d’argent fin les chevaux de vos carrosses, menez le train d’une reine; éblouissez Paris qui pourtant ne s’étonne guère. Tous ces appâts sont trop grossiers pour une âme de la trempe dont est la vôtre. Mais cette gloire peut vous toucher d’avoir réduit et vaincu Vallombreuse, de le mener captif derrière votre char de triomphe, de nommer votre serviteur et votre esclave celui qui n’a jamais obéi, et que nuls fers n’ont pu retenir.
—Ce prisonnier serait trop illustre pour mes chaînes, dit la jeune actrice, et je ne voudrais pas contraindre une liberté si précieuse!»
Jusque-là le duc de Vallombreuse s’était contenu; il forçait sa violence naturelle à une douceur feinte, mais la résistance respectueuse et ferme d’Isabelle commençait à faire bouillonner sa colère. Il sentait un amour derrière cette vertu, et son courroux s’augmentait de sa jalousie. Il fit quelques pas vers la jeune fille qui mit la main sur la ferrure de la fenêtre. Ses traits étaient contractés, il se mordait les lèvres et l’air de méchanceté avait reparu sur son visage.
«Dites plutôt, reprit-il d’une voix altérée, que vous êtes folle