Mon âme ne s'éparpille pas au dehors, mes idées ne s'en vont pas à l'aventure parmi les choses du monde, sautant d'un objet à un autre; toute ma puissance d'animation, toute ma force intellectuelle se concentrent en moi; je fais des vers, excellente occupation d'oisif, ou je pense à la petite Maria, qui avait des taches roses sur les joues.
1839.
LE GARDE NATIONAL RÉFRACTAIRE
Le garde national réfractaire est un homme de bon sens, cosmopolite par goût, qui se soucie peu d'être national, et encore moins garde; il aime mieux être réfractaire.
Les baïonnettes intelligentes le séduisent médiocrement; car il trouve qu'il ne faut pas une grande intelligence pour planter un morceau de fer dans le ventre de n'importe qui.
Le soldat citoyen lui paraît une invention assez pauvre; c'est bien assez d'être l'un sans être l'autre.
L'épicier enté sur le Tamerlan, ou, si vous aimez mieux, le Tamerlan enté sur l'épicier n'a pas le don de le ravir.
Le réfractaire allègue que c'est une mauvaise manière de garder sa maison que de s'en aller dans un quartier fort éloigné, pour donner toute facilité aux amants et aux voleurs, en faveur de qui la milice urbaine a été certainement inventée; il dit aussi que ce n'est pas la peine de payer quatre cent mille fainéants, qui n'ont d'autre occupation que de regarder sur les boulevards les confrères de Bilboquet, et de courtiser les bonnes d'enfants dans les jardins publics, si l'on doit faire leur besogne soi-même.
Il prétend que jamais on ne lui a envoyé de tourlourous pour écrire son feuilleton, et qu'alors il ne doit pas faire la faction des susdits tourlourous.
Nous ne voyons pas trop ce que l'on pourrait répondre à ce raisonnement.