«Ce n'est plus Calliope longue et pure raclant du violon dans un carrefour,» c'est une femme de Rubens chantant après boire dans un banquet, une joyeuse Flamande au sourire épanoui et vermeil, que toutes les ailes d'ange dessinées par Johannot en tête des recueils de vers auraient grand'peine à enlever au ciel.
Passons aux exemples.
M. Victor Hugo, qui, en sa qualité de prince souverain de la poésie romantique, devrait être plus vert que tout autre et avoir les cheveux noirs, a le teint coloré et les cheveux blonds. Sans être de l'avis de M. Nisard le difficile, qui trouve au bas de la figure du poëte un caractère d'animalité très-développée, nous devons à la vérité de dire qu'il n'a pas les joues convenablement creuses, et qu'il a l'air de se porter beaucoup trop bien,—comme Napoléon devenu empereur.
Le monde et la redingote de M. Hugo ne peuvent contenir sa gloire et son ventre: tous les jours un bouton saute, une boutonnière se déchire; il ne pourrait plus entrer dans son habit des Feuilles d'automne.
Quant au plus fécond de nos romanciers, M. de Balzac, c'est un muid plutôt qu'un homme. Trois personnes, en se donnant la main, ne peuvent parvenir à l'embrasser, et il faut une heure pour en faire le tour; il est obligé de se faire cercler comme une tonne, de peur d'éclater dans sa peau.
Rossini est de la plus monstrueuse grosseur, il y a six ans qu'il n'a vu ses pieds; il porte trois toises de circonférence: on le prendrait pour un hippopotame en culottes, si l'on ne savait d'ailleurs que c'est Antonio Joachimo Rossini, le dieu de la musique.
Janin, l'aigle et le papillon du Journal des Débats, effondre tous les sophas du dix-huitième siècle sur lesquels il lui prend fantaisie de s'asseoir; son menton et ses joues débordent de tous côtés et passent par-dessus ses favoris; l'habit et la redingote trop larges sont des chimères pour lui, et tout spirituel qu'il est, l'on n'oserait pas se hasarder à dire qu'il a plus d'esprit qu'il n'est gros.
L'art est aujourd'hui à un bon point, et M. Alexandre Dumas aussi; l'africanisme de ses passions n'empêche pas l'auteur d'Antony de devenir très-dodu; sa taille de tambour-major est cause qu'il ne paraît pas aussi gros que ses rivaux en génie, cependant il pèse autant qu'eux. C'est M. de Balzac passé au laminoir.
On fait toujours payer trois places à Lablache dans toutes les voitures publiques; si l'on veut essayer la solidité d'un pont nouveau, on y fait passer le célèbre virtuose. Il défonce tous les planchers de théâtre, et ne peut jouer que sur des parquets de madriers ou des massifs de maçonnerie; son poids est celui d'un éléphant adulte.
M. Frédérick-Lemaître remplit très-exactement le pantalon rouge de Robert Macaire, et il ne paraît pas que les désagréments qu'il a éprouvés de la part des gendarmes l'aient beaucoup fait maigrir. Au contraire.