La jeune femme se pencha sans rien dire, et présenta sa tête soumise aux lèvres de Benedict; le baiser porta moitié sur la peau satinée de son front, moitié sur ses cheveux soyeux et parfumés.
Puis, par un mouvement de biche effarouchée, elle rentra brusquement dans sa chambre dont elle ferma la porte.
Cette nuit-là, Benedict dormit assez mal.
Tout cela n'empêchait pas les instructions de sir Sidney d'être suivies à la lettre. Une maison de campagne, aussi voisine que le permettait la surveillance anglaise de l'habitation de l'illustre prisonnier, avait été louée, et la prétendue Mme Smith s'y retira, prétextant que l'air lui manquait dans cette étroite résidence de James-Town.
Benedict resta à la ville quelques jours, s'occupant en apparence d'affaires de commerce.
Édith, comme Benedict le lui avait recommandé, accompagnée d'une servante mulâtresse, faisait chaque jour à la même heure une promenade qu'elle poussait aussi près que possible de Longwood.
—Ne manquez pas surtout d'avoir à la main ou sur votre chapeau de paille un bouquet de violettes, lui avait dit Benedict en la quittant.
Et, comme le jardin de la maison de campagne en contenait une plate-bande, rien n'était plus facile à suivre que cet ordre.
Pendant plusieurs jours, la promenade d'Édith, fut inutile. Le prisonnier, malade, affaibli, ne sortait plus.
Impatient de savoir le résultat des courses d'Édith, et peut-être aussi poussé par un autre motif, sir Benedict Arundell était venu la rejoindre à la campagne, et, chaque fois qu'elle rentrait de sa promenade, il l'interrogeait ardemment; mais la réponse était toujours la même.