—Ennuyé peut-être; ennuyeux, non, répliqua la comtesse; vous avez toujours été mélancolique,—mais un de vos poëtes ne dit-il pas de la mélancolie:

Après l’oisiveté, c’est le meilleur des maux.

—C’est un bruit que font courir les gens heureux pour se dispenser de plaindre ceux qui souffrent, dit Olaf-de Saville.»

La comtesse jeta un regard d’une ineffable douceur sur le comte, enfermé dans la forme d’Octave, comme pour lui demander pardon de l’amour qu’elle lui avait involontairement inspiré.

«Vous me croyez plus frivole que je ne suis; toute douleur vraie a ma pitié, et, si je ne puis la soulager, j’y sais compatir.—Je vous aurais voulu heureux, cher monsieur Octave; mais pourquoi vous êtes vous cloîtré dans votre tristesse, refusant obstinément la vie qui venait à vous avec ses bonheurs, ses enchantements et ses devoirs? Pourquoi avez-vous refusé l’amitié que je vous offrais?»

Ces phrases si simples et si franches impressionnaient diversement les deux auditeurs.—Octave y entendait la confirmation de la sentence prononcée au jardin Salviati, par cette belle bouche que jamais ne souilla le mensonge; Olaf y puisait une preuve de plus de l’inaltérable vertu de la femme, qui ne pouvait succomber que par un artifice diabolique. Aussi une rage subite s’empara de lui en voyant son spectre animé par une autre âme installé dans sa propre maison, et il s’élança à la gorge du faux comte.

«Voleur, brigand, scélérat, rends-moi ma peau!»

A cette action si extraordinaire, la comtesse se pendit à la sonnette, des laquais emportèrent le comte.

«Ce pauvre Octave est devenu fou!» dit Prascovie pendant qu’on emmenait Olaf, qui se débattait vainement.

«Oui, répondit le véritable Octave, fou d’amour! Comtesse, vous êtes décidément trop belle!»