3º Rue d'Anjou.--Au nº 6 est mort La Fayette le 20 mai 1834. Au nº 15 est mort Benjamin Constant. Au nº 19 a demeuré l'ex-capucin Chabot, qui périt avec Danton. Au nº 27 était l'hôtel du marquis de Bouillé, si célèbre par la fuite de Louis XVI; il fut ensuite habité par l'abbé Morellet et par le marquis d'Aligre. Au nº 28 était la maison de Moreau, qui, après le jugement de ce général, fut achetée par Napoléon et donnée par lui à Bernadotte, «comme si, dit Rovigo [62], cette maison n'eût pas dû cesser d'être un foyer de conspiration contre lui.» Au nº 48 était le cimetière de la Madeleine. C'est là que furent inhumées les victimes de la catastrophe du 30 mai 1770, celles du 10 août, Louis XVI et Marie-Antoinette, enfin les nombreux suppliciés sur la place Louis XV. Au mois de janvier 1815, des fouilles furent faites dans ce cimetière: l'on retrouva quelques restes du roi et de la reine, que l'on transporta à Saint-Denis, et l'on construisit sur cet emplacement un vaste monument funéraire avec une chapelle expiatoire.

Dans la rue d'Anjou débouche la rue Lavoisier, où est morte Mlle Mars.

4º Rue de Monceaux.--A l'extrémité de cette rue, entre les rues de Chartres, de Valois et le mur d'enceinte, se trouve un vaste jardin construit en 1778 par le duc d'Orléans, sur les dessins de Carmontel, et avec d'énormes dépenses. Il est rempli de curiosités, d'objets d'art et d'arbres rares. En 1794, il fut exploité comme jardin public, et l'on y a donné des fêtes jusqu'en 1801. Sous l'Empire, il fut placé dans le domaine de la couronne et rendu, en 1814, à la famille d'Orléans. Ce délicieux séjour est le dernier des grands jardins qui existaient autrefois dans Paris. Il a été en 1848 le chef-lieu des ateliers nationaux.

CHAPITRE XI.

LA RUE DE RIVOLI, LE LOUVRE, LES TUILERIES, LA PLACE DE LA CONCORDE ET LES CHAMPS-ÉLYSÉES.

§ Ier.

La rue de Rivoli.

La rue de Rivoli forme aujourd'hui la plus belle et la plus longue rue de Paris, et par l'avenue des Champs-Élysées, d'une part, par la rue et le faubourg Saint-Antoine d'autre part, elle unit la barrière de l'Étoile à la barrière du Trône, distantes de près de 8 kilom. Elle date de deux époques. La première partie, de la place de la Concorde à la rue de l'Échelle, a été décrétée en 1802 et commencée en 1811. Elle a été ouverte sur l'emplacement des anciennes écuries du roi, de la cour du Manège, d'une partie des couvents des Feuillants, des Capucins et de l'Assomption. Elle borde magnifiquement le jardin des Tuileries. On y remarque le ministère des finances, vaste bâtiment compris entre quatre rues et dont la construction a coûté plus de 10 millions. La deuxième partie, de la rue de l'Échelle à la place Birague, date de 1851, et a été achevée en moins de cinq ans; elle a absorbé ou détruit les rues Saint-Nicaise, de Chartres, Saint-Thomas-du-Louvre, Froidmanteau, Pierre Lescot, etc., dont nous avons parlé dans la rue Saint-Honoré. Après avoir bordé le Louvre, elle coupe successivement les rues de l'Arbre-Sec, du Roule, Saint-Denis, le boulevard de Sébastopol, la rue Saint-Martin; elle longe la place de l'Hôtel-de-Ville et va se confondre, vers la place Birague, avec la rue Saint-Antoine. De la place de la Concorde à la place du Louvre elle est composée de maisons uniformes, d'une architecture simple et peu gracieuse, avec galeries et portiques. Les monuments qu'elle borde à partir de la place Birague, sont la caserne Napoléon, l'Hôtel-de-Ville et la tour Saint-Jacques-la-Boucherie, monuments dont nous avons déjà parlé, puis le Louvre et les Tuileries.