Un soir, me dit-elle, que j'étais à raccrocher dans la rue Saint-Martin, j'abordai un petit homme, dont je ne pus discerner le physique que lorsqu'il fut monté chez moi. Figurez-vous un vrai polichinelle, bancal, bossu, borgne, une tête grosse comme celle d'un bœuf, âgé au moins de cinquante ans, enfin un vrai remède d'amour; cependant sa mise honnête fit que je passai légèrement sur ses défauts naturels; enfin il me jeta six francs, et me demanda si je voulais satisfaire son caprice. Je tremblai à cette proposition, je crus que j'allais servir d'holocauste pour assouvir la passion de ce vilain crapaud. Mais point du tout, il tire alors de sa poche une belle plume de queue de paon et déboutonne sa culotte, puis se couche le cul en l'air sur mon lit, il me dit alors de lui insérer le bout de cette plume dans le fondement, ce que je fis; ensuite de lui caresser le cul avec la main, en prononçant ces paroles: Ah! le beau paon! Ce que je ne pus faire sans éclater moi-même de rire; enfin ce vieux blafard, à force de se sentir caresser le cul et d'entendre prononcer Ah! le beau paon! déchargea sur mon lit, en imitant dans le fort de sa passion les cris d'une chouette: ce caprice bizarre devrait bien être observé par les naturalistes.

Demande.

La putain n'a-t-elle pas le droit d'exiger un double salaire pour remplir une fonction aussi fatigante?

Réponse.

Oui, sans doute; car il est sûr que quoique une putain puisse trouver quelquefois un certain délice à flageller un beau cul qu'elle tient en posture, et qui ne peut éviter la grêle des coups qu'on lui applique, que quoiqu'elle décharge souvent en s'acquittant de cette fonction joyeuse, cependant il est de ces paillards capables de fatiguer le bras de la putain la plus vigoureuse et même la plus passionnée pour ce genre de plaisir; elle peut donc, alors, et elle a le droit d'exiger de l'homme qu'elle sangle, un salaire différent, et se faire payer des balais employés à cette cérémonie tragi-comique.

Demande.

Quel langage doit tenir une putain en fouettant?

Réponse.

Sa conversation doit être conforme au caractère et à l'humeur du paillard qu'elle fustige: il est de ces bougres-là qui veulent qu'on jure après leur cul comme après un cheval de brancard, qu'on les traite de jean-foutre, de maquereaux, et qu'on assaisonne ces épithètes d'une dégelée de coups de verges des mieux appliqués; on peut dire que ceux-ci bandent comme des bêtes et déchargent de même. D'autres, au contraire, qui ont les passions et les humeurs plus douces, veulent qu'on renouvelle avec eux ces jeux innocents de l'enfance, en feignant d'employer à leur égard ces corrections enfantines, et rien ne les excite plus à décharger que ces mots qui ont tant d'énergie dans la bouche des femmes. «Petit coquin, petit polisson... vous serez fouetté jusqu'au sang... allons, point de grâce... bas les culottes... obéissez vite...» Et mille autres propos de cette nature, qu'une adroite et fine putain sait et peut toujours employer avec succès[3].

[ [3] Les fouteurs de cette espèce peuvent être regardés comme les plus chauds et les plus vifs; les filles prennent ordinairement plaisir à les fouailler, parce que leurs cris plaintivement modulés, leurs propos enfantins, les pardons, les promesses qu'ils n'en feront plus, sont comme autant d'aiguillons qui provoquent la fille à la luxure, et la font décharger malgré elle. Tel est l'empire de la femme sur l'homme quand la passion le maîtrise. Hercule filait aux pieds d'Omphale, Samson dormait sur les genoux de Dalila, Marc-Antoine était l'esclave de Cléopâtre, et je suis sûr que ces robustes paillards ont plus d'une fois déposé leur fierté et leur faste aux genoux de leurs garces, et reçu d'elles, sans se plaindre, de très bonnes et amples fessées dans cette posture humiliante; ce qui prouve que la fouterie est la seule passion qui rend les hommes égaux en faiblesse ou en vertu.