Cependant le grand art d'une putain qui veut se faire un nom, n'est pas toujours de mettre à contribution les hommes qu'elle raccroche. Il en est qui sont susceptibles de cette délicatesse; et touchés du désintéressement qu'une putain leur témoigne, ils s'imaginent alors que cette Laïs de rencontre est tout à coup éprise et coiffée de leur physique, bien plus que du numéraire; leur amour-propre est flatté de cette préférence. Le plaisir qui ne leur paraît pas acheté, se fait mieux sentir; son aiguillon est plus mordant, et quelquefois la putain gagne beaucoup à ce manège; au surplus, c'est à elle à discerner et à connaître ses pratiques. Une putain bête ne fera jamais fortune; la rusée peut essayer d'être dupe une ou deux fois, pour reprendre vingt fois sa revanche avec d'autres. Il est constant aussi qu'un vieillard cacochyme n'a pas le droit d'exiger qu'une jeune et fraîche putain se harcelle après son chétif engin pour un modique salaire: Hercule et Psyché peuvent quelquefois entrer chez elle pour y faire un coup fourré; mais
Le forgeron atrabilaire,
Qui de son antre ténébreux,
Tout en boitant, vint à Cythère
Attrister les Ris et les Jeux,
De Vénus salir la ceinture,
Effaroucher la volupté,
Et souiller le lit de verdure
Qui sert de trône à la Beauté,
je ne lui connais point de charmes qui puisse le faire recevoir gratis; il faut qu'il paie au poids de l'or le plaisir qui le suit: c'est le prix de sa turpitude. Qu'une putain donc le plume, qu'elle en tire pied ou aile, c'est le secret de son art. Il lui doit sans doute ce tribut pour les outrages qu'il fait chaque jour à la volupté.
Demande.
Comment doit se comporter une putain lorsqu'elle a donné dans l'œil à quelque bon fouteur?
Réponse.
Il faut d'abord qu'elle mette celui-ci à son aise, et qu'elle le soit aussi avec lui. On sait que le premier compliment d'un luron qui entre chez une fille, est de lui prendre les tétons, et de passer de là lestement au cul, de farfouiller ensuite sa motte. Ces petites agaceries d'usage sont les avant-coureurs et les prémices du plaisir. La fille alors doit, par de lascives caresses, de tendres attouchements, achever la conquête de cet amoureux du moment; d'une main subtile elle doit faire sauter le bouton de la culotte, tandis que de l'autre elle retient en bride sa pine, irritée déjà par les premiers attouchements. C'est alors qu'elle doit saisir ce moment favorable pour demander son salaire, et le fouteur s'empressera de lui donner, pour ne point mettre de retard entre les apprêts du plaisir et l'instant de la jouissance[1].
[ [1] Un défaut néanmoins dans la plupart des filles de joie, dont il est bon de dire un mot pour leur gouverne, c'est de n'être jamais contentes de ce qu'on leur donne. Présentez-leur trois livres, elles en demandent six. Si vous cédez, leur importunité augmente; c'est un ruban qu'il leur faut encore; c'est une bagatelle qu'elles réclament pour leur guenon; mais ces contributions importantes leur sont très souvent nuisibles, en ce que l'homme qui veut jouir n'est occupé que de cet objet; se voyant arrêté dans sa marche, il regrette alors et son argent et son foutre. C'est ainsi que les putains éloignent très souvent d'excellentes pratiques de leurs taudions.
Demande.