L'ART DE DÉPENSER

Francis de Miomandre, cet écrivain délicieux qui n'a pas encore eu le succès qu'il mérite, a publié de jolies réflexions sur l'Art de dépenser. Non sans tristesse, il demandait à ses lecteurs :

— « Faudra-t-il en donner des recettes? Est-ce la peine de rappeler qu'il existe! »

Puis :

— « Serait-il vrai que l'argent est plus difficile à dépenser qu'à gagner, contrairement à ce que croit le vulgaire? »

J'ignore si Marcel Boulenger a rien écrit sur ce sujet. Je le regrette. J'aurais eu plaisir à citer de lui quelque maxime, pour mettre dans mes pages un peu de couleur et d'autorité. Le public ne connaît pas la joie que procure, à celui qui la cite, une phrase citée au bon moment.

Il est certain que tout le monde ne sait pas dépenser. C'est un art délicat. En dépit des apparences, c'est un luxe qui n'est pas à la portée de toutes les bourses, surtout des mieux garnies. Cent Nouveaux-riches nous en fourniraient cent fois cent preuves. Ils commettent une erreur grave ceux qui affirment : « Je dépense, donc je suis. »

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Dépenser à tort et à travers, voilà le tort et voilà le travers. Ainsi font les Nouveaux-riches lorsqu'ils se mêlent de dépenser. Ils le font avec assurance, il est vrai, rendons-leur cette justice.

Inscrirai-je ici le nom de cet ancien tourneur d'obus qui, devenu propriétaire d'un des plus somptueux coffres-forts de Paris, se mit en tête d'avoir une belle bibliothèque? Cela se doit, n'est-ce pas, d'avoir une belle bibliothèque? Le dernier des épiciers vous dira que vous n'êtes pas riche, si vous ne possédez pas une édition des Fermiers Généraux.