J'ai condamné le terme de Nouveaux-riches. J'ai eu tort. Il est fort habilement composé. Il a l'air de vouloir perpétuer un instant. Quelle jolie audace! Car, dans le temps même que nous disons d'une chose qu'elle est nouvelle, elle ne l'est déjà plus. Les philosophes en ont sophistiqué dans toutes les langues. Fions-nous donc à leur sagesse, puisqu'aussi bien nous n'avons pas d'autre ressource.

Les Nouveaux-riches ne seront pas toujours des nouveaux riches.

Les Nouveaux-riches sont provisoires.

Respirons.

Dans dix ans, il n'y aura plus de Nouveaux-riches. Il y en aura peut-être de nouveaux. Ce ne seront pas les mêmes. Les nôtres déjà ne seront plus. Les uns auront perdu leur fortune en quelque débâcle, les autres auront donné leurs filles à de joyeux galapiats qui ne respecteront pas cet argent mal acquis de la dot ; certains seront ministres ; beaucoup seront morts, d'indigestion ; quelques-uns enfin, vous ne les reconnaîtrez plus : ils seront devenus honnêtes.

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Tout sera, dans dix ans, rentré dans l'ordre.

Les saisons se poussent en s'emboîtant l'une dans l'autre, tels ces gobelets magiques d'un prestidigitateur. De loin on ne distingue qu'un gobelet. S'il y en avait de truqués, qui s'en apercevra?

Le moraliste peut se morfondre, et le pamphlétaire s'enflammer. Que nous reste-t-il, après le mépris, qui ne durera pas plus? Le souvenir d'avoir dit à ces drôles qu'ils sont des saligauds? Mais nous l'avons dit du bout des lèvres, comme si nous avions peur de nous empoisonner en ouvrant la bouche pour le leur clamer à la face.

Un sage a écrit :