—Non, merci, me dis-je.

Et à mon tour je me retirai du cercle.

La chanteuse commençait:

Papa était blond,
Beau comme Apollon,
Il s’ coiffait à la Ninon.

J’allongeai le pas. Je perdis bientôt paroles et musique.

Mais je ne pouvais me défaire de cette inquiétude qui m’avait pris, là, devant ces chanteurs des rues, pour un visage où j’avais cru reconnaître... Reconnaître quoi? Et qui? Rien, personne.

J’avais beau chercher, et j’avais beau surtout me remontrer qu’il était absurde, vain, puéril et tout à fait sot, de m’obstiner à chercher quand même, je pressentais, malgré moi, que j’avais déjà vu cet homme à barbe blonde, que je le connaissais, et que j’aurais dû le reconnaître.

J’étais trahi par mémoire, et j’en éprouvais du dépit.

Evidemment, l’homme ne m’avait guère laissé le temps de le dévisager. A peine avais-je eu le temps de le remarquer, il disparaissait. Est-ce donc parce qu’il avait disparu si vite, et comme si ce fût parce que je le regardais, que je tenais à mettre un nom sur sa figure?

Autre sottise, autre absurdité. Pourquoi cet homme, que je ne reconnaissais pas, que je ne connaissais peut-être pas, aurait-il fui de mes yeux? Il s’était retiré du cercle des badauds sans attendre que la chanteuse lui eût donné le cahier de chansons qu’il désirait? Quoi de plus simple, s’il était pressé, ou si, plus simplement, il renonçait à son envie après réflexion?