— Un de mes premiers blessés, ajouta ma mère, demeuré un ami.

Et lui :

— Très reconnaissant.

XXXVI

Il m’avait été désagréable de trouver ce capitaine Vuéron chez nous au moment où j’aurais voulu y trouver seule ma mère. L’intrus, cependant, n’abusa pas. Il sut disparaître. Ma mère l’accompagna jusqu’à la porte. Quand elle revint, elle m’embrassa de nouveau, me regarda de la tête aux pieds, me fit enlever ma vareuse pour examiner ma blessure, se déclara contente, et me serra longuement contre elle en m’embrassant encore.

— Mon cher petit ! disait-elle.

Elle estima qu’on ne m’avait pas gâté en ne m’accordant que trente jours de convalescence.

— Mais nous verrons ça, ajouta-t-elle. Une prolongation peut s’obtenir.

Je la retrouvais, je la reconnaissais. C’était bien ma douce maman de jadis et de toujours. Elle n’avait pas changé. Je goûtai là quelques minutes de bonheur. Nous nous étions assis côte à côte, sur le divan. Elle ne se lassait pas de me regarder. Du capitaine Vuéron, elle ne me dit rien. De mon père, non plus. Non plus de Michelle. Il semblait qu’il n’y eût au monde qu’elle et moi, la mère et le fils. Instants délicieux ! Plus tard, j’ai compris ce qu’ils recélaient d’alarmes. Mais je ne songeai d’abord qu’à m’y perdre.

— Ah ! m’écriai-je, quel bon mois nous allons passer !