Mais c’était peut-être ce qui m’effrayait le plus. Car, si je connaissais enfin mieux Michelle, je ne connaissais presque pas sa mère.

LIV

J’avais tort de m’effrayer. Le danger n’était pas où je l’imaginais. Et il surgit lorsque, le goûter achevé, je me réjouissais que tout se fût assez bien passé. Nous nous promenions dans le jardin, derrière la villa, Michelle et moi, mon bras accroché au sien. La brise froissait légèrement les branches des tamaris. La terre desséchée craquait sous mes pieds. Il faisait très chaud.

Michelle me conduisait à la tonnelle où elle avait appris à lire. Quand nous y fûmes, à l’abri du soleil :

— Mon ami, commença Michelle, sans aucune préparation, voilà quinze jours que vous êtes revenu à Saint-Jean-de-Luz et vous ne m’avez pas encore dit ce que vous désiriez me dire.

Je sentis que je rougissais. Où m’entraînait Michelle ? J’aurais voulu me soustraire à son regard.

— Ne me le direz-vous pas ? demanda-t-elle. Ou bien auriez-vous changé d’avis ?

Je balbutiai :

— Je ne comprends pas. Je…

— Pierre ! répliqua Michelle, et, de nouveau, elle m’appelait par mon prénom. Pierre ! Vous comprenez. Ne fuyez pas. Croyez-vous que je n’aie pas compris, moi ? Faut-il vous aider ?