— Vous êtes fou ?
Puis, plus bas, lentement, doucement :
— Il est trop tard, Pierre.
Et, s’appuyant sur moi, le front à hauteur de mon épaule, elle murmura :
— Vous n’aviez donc pas compris ?
LV
On n’est pas le héros d’une telle scène, si on ne l’a pas cherchée, sans en éprouver, à mon âge, une émotion violente. Je ne distinguais plus si j’étais content ou fâché. Il me tombait du ciel un bonheur inespéré et une peine atroce, — une peine atroce parce que, d’emblée, je faisais, n’étant pas fat, la part du dévouement dans la décision de Michelle, et parce que je prévoyais — quel mot pour un aveugle ! — toute la vie difficile où s’élançait mon amie trop jeune. Mais le premier pas était franchi. Je me sentais moins timide, plus calme. Loin de profiter d’une victoire flatteuse, je me hâtai d’accumuler devant Michelle les raisons qui devaient, selon moi, s’opposer à nos vœux. Elle les repoussait toutes. Elle avait tout pesé, tout prévu.
— Et puis, ajouta-t-elle, moi aussi, je vous aime, Pierre. Et ça, ça ne se discute pas.
Je discutai néanmoins.
— Vous avez tout pesé, dis-je, mais vous ne savez pas tout.