— Plus tard, murmura-t-elle.
Plus tard, j’appris, par une lettre courte, mais qui trahissait le désarroi, qu’elle avait une fille ; puis, à quelque temps de là, que le capitaine Vuéron était mort, à Cologne, d’une typhoïde. Pauvre, pauvre maman !
Un soir qu’elle me lisait un journal, Michelle s’arrêta court après les premiers mots d’une information. Pourquoi dressai-je l’oreille ? Michelle biaisait. Je dus presque me fâcher. J’aurais peut-être dû l’ignorer toujours : on annonçait le mariage du capitaine d’artillerie Vuéron, de l’armée du Rhin, récemment promu officier de la Légion d’honneur, avec Mademoiselle de Rouchins, fille de… etc.
LXXVII
J’ai noté plus haut, comme si j’en étais choqué, que Georges épousa une divorcée. Je ne suis pas si intransigeant. C’est Michelle qui fit observer que sa mère n’eût pas approuvé. Mais Michelle, non plus que moi, ne se permit de condamner ou d’absoudre. L’extraordinaire était seulement que Georges se mariât, lui qui, surtout depuis la guerre, s’emportait contre la frivolité des femmes et la sottise des hommes qui les épousent. Le reste ne nous regardait pas. Toutefois, un tel événement troubla le train de notre existence. Nous ne pouvions pas songer à vivre tous les quatre dans la villa de Ciboure. Je veux dire qu’à aucun prix je n’aurais accepté d’infliger ma constante présence d’infirme à une jeune femme que Georges nous dépeignit comme une femme fort enjouée. Elle entrait chez nous au moment où partout l’on oubliait sans peine les horreurs de la guerre. Il nous était facile de ne pas les lui rappeler à toute heure : nous n’avions, Michelle et moi, qu’à nous installer dans la maison de Guéthary. Michelle y consentit immédiatement. Et ma vieille Joséphine ne fut pas la moins contente de nous tous. Seul, Georges ne dissimula pas son dépit : il crut pouvoir supposer je ne sais quelle désapprobation là où nous ne mettions que scrupule. Mais, comme il est franc, il s’en ouvrit à nous tout net, et il ne refusa pas de se rendre ensuite à nos raisons.
— D’ailleurs, dit-il, je suis tranquille. Quand vous connaîtrez Odette, vous vous hâterez de revenir ici.
— Mais nous n’allons pas en Chine ! répliqua Michelle.
Il n’y a, en effet, qu’une distance de sept kilomètres entre Saint-Jean-de-Luz et Guéthary.
— Sept minutes avec ta voiture, dit Michelle dans ce style bizarre qui est le grand style d’aujourd’hui.
— Je te la vends, riposta Georges. Pourquoi ne prends-tu pas ton brevet ? Voilà qui serait épatant.