—«Ma mère, je vous le jure ici: je m’en irai sans plus attendre, à pied, tout seul, et mendiant ma vie, jusques à Rome. Je m’en irai vers le Pape, pour lui demander pénitence de mes péchés et de mes crimes. Je ne suis plus Robert le Diable, ma mère, voici le terme.»

Il jeta loin de lui son épée.

—«Adieu, ma mère,» dit-il enfin. «Vous saluerez mon père de ma part. Il m’avait banni de sa maison et dépossédé de mon héritage. Mais peu me chaut de son duché. Ce n’est point telle récompense que je veux reconquérir, c’est mon pardon de Dieu.»

Ainsi fit-il tout aussitôt.

Il se coupa les cheveux, se déchaussa, changea ses vêtements de seigneur contre un vieux froc de pèlerin, s’arma d’un bâton, et s’en alla.

Et la duchesse, folle de chagrin, de honte, et d’espérance, le regarda qui s’en allait, et elle pleurait, et elle disait:

—«Adieu, cher fils! Je perds mon fils, je perds ma joie.»

CHAPITRE DEUXIÈME
LE PÈLERIN DE ROME