SANS s’attarder en route et sans faire halte dans aucun château, dans aucun bourg, dans aucune ville, marchant seul et priant Dieu, peinant beaucoup et se reposant peu, Robert, à force de cheminer, atteignit enfin Rome.
Il se présenta le jour même au palais du Pape. Mais il eut beau heurter, appeler, et crier: il ne put arriver jusqu’au Saint-Père. Perdu dans la foule des quémandeurs, il fut éconduit comme les autres.
Il s’attrista. Mais il ne désespéra point.
Comme il était homme de ressource, et joint qu’il ne pouvait tenter rien de plus pour l’instant, il s’enquit des habitudes et du caractère du Pape. Et il se trouva quelqu’un pour lui apprendre tout ce qui l’intéressait.
On lui apprit ainsi, parmi des choses moindres, que, quotidiennement, au lever du jour, dans sa chapelle particulière de Saint-Jean, le Pape chantait sa messe, et que nul étranger jamais n’y assistait, parce que des gardes en écartaient tous les curieux; puis, que nul, sous quelque motif que ce fût, n’était autorisé à s’approcher du Saint-Père jusqu’au moment de son retour au palais; et que là nul ne pénétrait, s’il n’était mandé par le Pape.
Or, pour Robert, ce fut assez. Il résolut de parler au Pape dans sa chapelle, audace que personne avant lui n’avait eue.
*
* *
Un soir, après vêpres, comme la nuit tombait, quand il vit le lieu sombre et tranquille, Robert se glissa dans la chapelle de Saint-Jean, et se cacha tout droit sous la plus belle stalle, qui était la stalle même du Pape.
Au lever du jour, le Pape vint, accompagné de deux prêtres chenus. Il n’était suivi que des huissiers ordinaires qui devaient, selon leur rôle, défendre les portes pendant la durée de l’office pontifical.
Bien caché, Robert entendit toute la messe. Mais, sitôt qu’elle fut dite, il bondit hors de sa cachette et courut vers le Pape.