—«Ami», dit-il, «sais-tu ce que tu feras? Tu resteras avec moi jusqu’à demain, mais pas davantage. Demain, au petit jour, je te donnerai une lettre. Tu t’en iras vers les montagnes, à la forêt de Marabonde. Là, tu suivras le chemin principal. Tu arriveras à une fort belle fontaine, au fond de la vallée. Tu prendras à droite le long du ruisseau. Tu trouveras un manoir et une chapelle. Tu n’appelleras ni ne crieras. Tu frapperas trois coups au postichet, trois coups et rien de plus, et tu t’assiéras. Tu attendras que vienne t’ouvrir l’ermite qui habite là. Il n’y a pas au monde un ermite qui lui soit comparable, même de loin, et il n’est pas de jour que Dieu ne fasse pour lui des miracles. Trois fois par an, je vais me confesser à ce saint homme. Il est précieux. A maint pécheur il fut utile. Porte-lui mon salut, donne-lui la lettre que je te remettrai. Il saura qui tu es et ce que tu désires. Et il t’imposera, lui, la pénitence dont tu as besoin. Va, lève-toi, n’aie plus d’inquiétude.»

Robert, tout joyeux, baisa les deux pieds du Pape.

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Le lendemain matin, le Pape appela Robert, lui remit, écrite et scellée, la lettre qu’il lui avait promise, et lui ordonna de s’en aller au bois où demeurait l’ermite.

Voilà Robert qui s’en va.

Il s’en va, il se hâte, il veut gagner au plus tôt la miséricorde divine, il veut se tirer au plus tôt de sa peine mortelle.

Il marche vers les montagnes, il s’engage dans la forêt, il suit le chemin principal, il marche toujours, il arrive à la fontaine qui est au fond de la vallée, il prend à droite le long du ruisseau, il marche encore.

Il a tant marché par le bois, qu’il arrive enfin vers le soir à l’ermitage.

Voici l’ermitage, avec sa petite porte. Robert saisit le marteau et frappe trois coups au postichet.

Et voici l’ermite qui vient. Il est vieux et gris. Il vient lentement en s’appuyant sur une béquille.