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L’Empereur était assis plus haut que les convives, sous un dais somptueux.
A un certain moment, il laissa tomber sous la table un os qu’il tenait. C’était à dessein. C’était pour son chien favori, celui-là, et celui-là seul de tous ses limiers, qui avait de droit sa place près de l’Empereur pendant les repas.
Le chien avait vu tomber l’os sous la table. D’un coup de gueule, il le happa.
Mais il se passa alors une autre chose inattendue.
D’un bond, Robert s’était jeté sur le chien. Il lui arracha l’os de la gueule, l’emporta, et se mit à le ronger avidement, mais si avidement, qu’on eût dit qu’il allait le broyer entre ses dents.
L’Empereur éclata de rire.
—«Voici maintenant une autre merveille!» dit-il. «Jamais je n’ai rien vu de tel. Ce fol refuse le pain, la viande et le vin, et il enlève à mon chien un os où il n’y a rien à manger. C’est un innocent parfait!»
Sur quoi, l’Empereur débonnaire ordonna d’apporter au chien de la viande et du pain en abondance.
—«Puisqu’il ne veut manger qu’après le chien, servez le chien!» dit l’Empereur. «Il se pourra peut-être ainsi rassasier.»