Il prit du pain, en fit de gros moellons, en mit un dans sa bouche; puis, marchant à quatre pattes, lui qui était seigneur et gentilhomme et l’héritier du duc de Normandie, il se dirigea vers le chien, et, de sa bouche, lui mit le moellon de pain dans la gueule. Ainsi fit-il plusieurs fois, tant pour le pain que pour la viande, au grand étonnement de tous ceux qui le regardaient, et à la grande satisfaction du limier qui retrouvait ce qu’il avait cru perdre, et qui certainement n’avait jamais eu si copieuse ventrée que ce jour-là.

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Le repas achevé, le chien repu s’en alla vers son chenil, qui était dans un retrait, sous l’escalier de la chapelle particulière du palais impérial.

Moulu des coups dont la populace l’avait accablé, Robert, cherchant un gîte pour y dormir, suivit le chien. Et, content de sa journée en dépit des horions qu’on ne lui avait pas épargnés, il s’étendit à côté du chien sous l’escalier de la chapelle.

Mais l’Empereur, mis en goût de curiosité par tout ce qu’il avait déjà vu de Robert, avait regardé ce que faisait son fou. Il alla donc à son tour vers le chenil, espérant y assister à quelque nouvelle extravagance de Robert.

L’Empereur fut déçu: Robert déjà dormait.

—«Qu’il se repose!» dit-il, «et que nul ne le trouble!»

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Robert dormit à loisir. Quand il s’éveilla, il avait soif. Il se signa, se leva, et se mit en quête d’un peu d’eau.

Le voilà parti, visitant la cour du palais, allant à droite, allant à gauche, montant, descendant, examinant chaque coin, prenant connaissance des lieux, entrant partout sans être arrêté ni chassé, et sans demander rien à personne. Errant ainsi, il pénétra dans un jardin magnifique, fort soigneusement entretenu, mais fort peu fréquenté.