Il ne se tient pas quitte pour si peu. Piquant, brochant, fonçant, obliquant, il bondit à droite, il bondit à gauche, se retourne, fonce de nouveau, est partout à la fois, cherche non point les hommes, mais les groupes; et, par la fougue de son attaque, il les disperse.

Ce chevalier furieux déconcerte les Turcs de l’avant-garde. Déjà, c’est à qui n’attendra plus son assaut. Dès qu’il se dirige vers un groupe, les plus braves s’écartent. Ce diable de chevalier les intimide. Mais ils ont beau vouloir l’éviter; son cheval est si prompt qu’ils ne lui échappent pas.

Alors les Turcs tentent d’assommer le Chevalier Blanc de loin, à coups de massue. Ils sont adroits. Plusieurs de leurs coups portent. Mais le Chevalier est plus résistant qu’airain battu: il subit aussi bien qu’il frappe. Et rien ne le renverse, ni ne l’étourdit.

Aux coups qu’il reçoit, sa fureur redouble. Les Turcs en sentent tôt les effets. Leur avant-garde hésite, n’ose plus avancer, et soudain, prise de panique, recule.

L’avant-garde turque se replie en désordre. La Chevalier Blanc s’élance à sa poursuite. Et l’Empereur, joyeux du succès, crie aux siens:

—«Piquez! Piquez! N’ayez pas peur de ces maudits. Tous sont morts, puisque les meilleurs sont vaincus. En avant! Celui-là les a vaincus qui charge devant vous. Voyez comme il les serre de près et les abat quand ils s’attardent! Quel est donc celui-là qui se distingue devant nous? Jamais je ne vis, même en songe, si redoutable chevalier. Sus donc! derrière lui! Et que chacun aide à sa belle besogne!»

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Excités par l’Empereur, les Romains s’élancent à la poursuite de l’avant-garde, derrière le Chevalier Blanc.

Soudain, le Chevalier Blanc s’arrête. Il vient de briser sa lance dans le corps d’un chef sarrasin. N’importe! Il tire son épée; et sa fureur semble encore accrue.

Il a rejoint les fuyards qui se réfugiaient dans une brigade accourue en renfort. Avec des bonds effrayants de son cheval, il fonce résolument au milieu des troupes fraîches. Son épée fait voler des têtes de tous côtés. Des remous se produisent dans les rangs des Turcs. Aussi bien, derrière lui, les Romains chargent avec ardeur. Sans doute tous ne le valent pas; et, si les Romains n’avaient pas à leur tête ce démon qui décourage, il est probable qu’ils ne feraient pas reculer les Turcs, qui sont d’excellents guerriers. Mais le Chevalier Blanc leur ouvre le chemin de la victoire. Il brandit son épée brillante, et les Turcs tombent, ou cèdent.