—«Après lui! Après lui!» crie l’Empereur. «Les lui laisserez-vous tuer tous?»

Les Romains répondent par des cris terribles. Le Chevalier Blanc pousse toujours. Des vides se forment à son approche. Les Romains en profitent. La panique gagne la brigade turque accourue au secours de l’avant-garde. Le sang coule. Les Turcs tombent. Les Romains progressent. Le Chevalier Blanc, diable déchaîné, entraîne la déroute des ennemis.

—«En avant!» crie l’Empereur.

Les Turcs ont fait demi-tour. Ils s’enfuient à qui mieux mieux avec des cris d’horreur. Sans se retourner, sans regarder s’ils sont poursuivis, ils se dirigent à bride abattue vers leur arrière-garde, où se trouve le gros de leurs troupes et leurs dernières réserves. Et leur fuite est si folle qu’ils mettent le désordre dans l’arrière-garde où ils arrivent épouvantés.

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La peur est contagieuse. Les Turcs de l’arrière-garde, effrayés par leurs frères, perdent toute leur magnifique assurance du matin. Alors, comme précisément l’irrésistible chevalier fond sur eux, l’épée haute,—suivi par tous les Romains, la lance basse,—les Turcs, sans combattre, sans attendre, font demi-tour et prennent la fuite.

La déroute, subitement, de toute l’armée turque, est complète.

Ils fuient, ils fuient vers leurs tentes, vers leurs vaisseaux, les Turcs orgueilleux. Ils fuient avec tant d’ardeur que les Romains ont de la peine à les suivre. Ceux qui sont rejoints, tombent, frappés inexorablement. Les Romains n’ont pas le temps de faire des prisonniers. Ils ne poursuivent plus les Turcs, ils les pourchassent. Et la déroute mortelle s’étend à travers la campagne, d’un bout à l’autre de l’armée turque, jusqu’à la mer.

Voici déjà les fuyards les plus rapides arrivés à hauteur de leurs tentes, sur le rivage. Voici bientôt tous les Turcs acculés au rivage. Mais ils ont d’autres soucis que de défendre leurs tentes ou de disputer aux Romains leurs trésors. Ils ont d’autres soucis que de laisser aux Romains un butin splendide. A qui mieux mieux, ils se jettent dans la mer à la nage. Heureux, ceux qui pourront gagner leurs vaisseaux! Ceux-là seront les moins nombreux. Et d’autres mourront noyés entre la plage et le salut; et les autres, ceux qui ne savent pas nager, seront massacrés sans recours sur la plage.

Il en resta vingt mille, dit-on, au bord de l’eau, qui ne purent échapper aux Romains. Et il s’en noya dix mille qui, fuyant les Romains, n’atteignirent pas aux vaisseaux de leur salut. Mais pas un Turc vivant ne demeura sur le rivage.