CHAPITRE SIXIÈME
LE MYSTÉRIEUX CHEVALIER
TOUT ce qui avait pu des Turcs échapper aux Romains, après la déroute conduite par le Chevalier Blanc, s’était empressé de lever l’ancre et de gagner la haute mer.
Ils rentrèrent chez eux, penauds et marris, pour ne pas dire plus. Un lourd ressentiment leur emplissait le cœur. Ils avaient tous perdu quelque parent sur le rivage romain. Et ils haïssaient Rome, moins encore peut être à cause des pertes qu’elle leur avait infligées, qu’à cause de la honte qu’ils rapportaient de leur expédition manquée. Dans tout leur pays, ce ne furent bientôt que plaintes, lamentations, cris, et projets de vengeance.
Les princes païens, émirs et rois, excités par les rumeurs de leurs gens, se promirent et se jurèrent de ne pas laisser leur affront impuni. L’injure atteignait toute leur race. Ils décidèrent de s’en laver, de venger leurs morts, et de punir Rome, rigoureusement, dès que le beau temps leur permettrait de tenter la mer.
L’expérience les avait instruits. Ils connaissaient les difficultés de l’entreprise. Aussi ne voulurent-ils se lancer dans une nouvelle expédition qu’après avoir réuni des troupes suffisantes et préparé jusque dans ses moindres détails leur attaque future.
Leur flotte fit l’objet de leurs premiers soins. Ils réparèrent leurs nefs, firent construire, sans s’inquiéter de la dépense, des vaisseaux de bord, des chaloupes et des barques, de spacieux chalands et des galères. A ces apprêts, ils passèrent la plus grande partie de la mauvaise saison. Ils s’assurèrent également de précieuses alliances, et ne négligèrent rien pour que leur entreprise eût toutes les chances d’avoir un bon succès.
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Au printemps, ils convoquèrent leur armée.