Elle était deux fois plus nombreuse que la première. Il y avait des Sarrasins de tous les pays, des Arabes et des Commains, des Turcs de Coroscane et de Nirvane. Et tous étaient animés des plus vifs sentiments de haine.

Ils s’embarquèrent, donnèrent toute la voile, et cinglèrent tant et tant à la clarté du ciel diurne et des étoiles, qu’ils touchèrent, après une courte navigation, au rivage romain.

Ils étaient si sûrs d’eux-mêmes, qu’ils ne prirent pas la peine de se dissimuler. Fort tranquillement, ils débarquèrent et s’établirent sur la côte, comme la première fois. Ils laissaient entendre, à qui voulait, qu’ils venaient venger leurs morts et qu’ils n’avaient pas le moindre doute sur les succès de leur expédition.

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A Rome, comme la première fois, et davantage peut-être, on s’alarma. Les menaces des Turcs, qu’on se répétait de bouche en bouche, touchaient peu à peu ceux que la victoire du printemps précédent ne suffisait pas à rassurer.

En vain, comme la première fois, sur le conseil de ses barons et des sénateurs, l’Empereur fit appel au Sénéchal; le Sénéchal répondit ce qu’il avait répondu la première fois: il réclamait pour prix de ses services la Damoiselle qu’il aimait, et la couronne. Et l’Empereur jura de nouveau que, tant qu’il vivrait, il n’accorderait pas sa fille à ce vassal félon. Et les Romains se trouvèrent, comme la première fois, réduits à leurs seules ressources.

Du conseil que tint l’Empereur en son palais, il ne sortit rien de plus que ce qui était sorti du conseil de l’année précédente. Rome, sous une menace d’autant plus grave, ne pouvait que s’en remettre à la miséricorde divine.

—«Dieu», se disaient-ils, «jamais aux siens ne manqua.»

Cette fois encore, le Pape intervint de toute son autorité spirituelle. Sur ses instances, grands et petits, hommes et femmes, prièrent, jeûnèrent, implorèrent du ciel le secours miraculeux qu’ils en avaient déjà reçu. Tous souhaitaient ardemment que réapparût le merveilleux chevalier à l’armure blanche.

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